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September 14, 2014
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Un nouveau panoptique au-dessus de l’Europe: Le développement de la politique d’immigration et la forteresse Europe

Source: Enthemata  Category: Borders
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Un nouveau panoptique au-dessus de l’Europe: Le développement de la politique d’immigration et la forteresse Europe

"Minotaure" de Pablo Picasso, 1936

Si on examine les développements politiques de ces derniers mois sur les questions de migration, on ne peut que parvenir à des conclusions alarmantes. En les analysant, on renforce le soupçon que la politique migratoire européenne aborde le moment de sa transformation, où la confrontation de la défense des droits des immigrés au niveau institutionnel sera transformée en une bataille pour leur existence.

L’accord entre Cecilia Malmström, commissaire sortante aux Affaires intérieures et à l’Immigration, et Angelino Alfano, ministre de l’Intérieur italien, à la fin août, pour une nouvelle opération de l’agence FRONTEX en Méditerranée, a causé une confusion chez les journalistes et les autorités, qui essayaient pendant des jours de décoder son caractère. Un document interne de FRONTEX, qui s’était ebruité dans la presse italienne jeudi passé comme un avant-projet, confirme essentiellement la plupart des doutes qui existaient sur les objectifs d’une nouvelle opération européenne. En fait, elle ne remplacera pas l’opération Mare Nostrum, lancée par l’Italie après la tragédie de Lampedusa en octobre dernier. (Mare Nostrum est une opération militaire pendant laquelle plus de 115.000 personnes ont été sauvées à la Méditerranée cerntrale. Il y avait 2.000 morts dans la même région, mais il y aurait eu beaucoup plus sans Mare Nostrum). Elle fonctionnera de façon complémentaire, en evoluant la doctrine de sécurité promue systématiquemant par l’Union européenne comme une politique de contrôle des frontières extérieures de l’Europe pendant les dernières années. FRONTEX met la priorité sur la mise en œuvre des instruments de surveillance, des radars et des aériens, ainsi que l’utilisation des possibilités offertes par le développement du système électronique de surveillance des frontières, EUROSUR.

La question, le sauvetage des personnes en mer, est suspendue à l’Italie, si l’opération Mare Nostrum se poursuit. Dans le cas où Mare Nostrum cesse, FRONTEX se réserve d’étendre son propre opération, mais avec des objectifs très limités et dans une échelle géographique très limitée autour du territoire européen à la Méditerranée centrale. Cependant, ça laisse sans réponse ce qui arrive à ceux qui embarquent sur des bateaux en Afrique du Nord à destination de l’Europe mais jamais n’y arrivent. Ce n’est pas une coïncidence que tant Malmström que les ministres des pays qui seront impliqués dans l’opération (France, Italie) ont minimisé, ou même éliminé, le mot «sauvetage» de leur discours public, depuis plusieures semaines.

Qu’est-ce qui se passe dans la réalité? L’Europe maintient la partie négative de Mare Nostrum, la militarisation des contrôles migratoires, en éliminant les aspects positifs, à savoir le sauvetage des migrants et des réfugiés en mer et leur transport au territoire européen. De cette façon, l’UE est conséquente dans les deux principes qui régissent la politique migratoire européenne pendant presque une décennie: la fermeture des voies légales vers l’Europe, qui est la raison principale de l’augmentation de l’intensité de la ‘criminalisation’ de la migration, et le maintient de la militarisation des contrôles frontaliers.

Avec cette option, l’Europe semble persister dans une impasse qu’elle a lui-même créé. L’impasse est due à l’échec de la troisième principe de la doctrine de la politique européenne de migration, qui a été l’installation d’un réseau très rapide et efficace de retour aux pays d’origine pour un grand nombre de ceux qui parviennent à atteindre l’Europe. Malheureusement, les esprits stratégiques de Bruxelles ne pouvaient pas prévoir que le monde autour d’eux s’effondre quand ils ont fait des plans sur papier, des plans qui coûtent des vies chaque jour.

Les sociétés européennes sont donc invitées à marcher sur la seule route qui reste, afin que la doctrine de la forteresse Europe ne soit pas abandonnée: la création d’un système des contrôles panoptique, basé sur des moyens technologiques évolués, en combinaison avec une politique de rejet de ceux qui tentent d’atteindre l’Europe.

En réalité, avec le développement de la politique européenne migratoire, le rêve d’une société libérale ouverte risque de rencontrer sa némésis, car l’objet de toute cette infrastructure seront, tôt ou tard, les citoyens européens – toujours pour leur sécurité. En ce qui concerne le sort de ceux qui travaillent fort pour que la sécurité de tous les Européens ne soit pas compromise, il suffit de regarder le parcours de Mme Malmström. Après l’excellente coopération qu’elle a eu avec le lobby du complexe militaro-industriel, qui se réfère à elle comme leur “interlocuteur principal” dans leurs rapports, elle est en train d’être nommée commissaire au commerce, c’est à dire qu’elle sera la contrôleuse politique des négociations pour l’accord sur le partenariat transatlantique de commerce et d’investissement (PTCI; TTIP en anglais), un des choix politiques les plus dangereux des élites de l’Europe Unie.

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