Sunday 15th December 2019
x-pressed | an open journal
November 7, 2012
November 7, 2012

Grèce: 153 «pour», des milliers de «contre»

Author: Yannis Christodoulou Translator: Ifigeneia P.
Category: Protest
This article is also available in: elenes
Grèce: 153 «pour», des milliers de «contre»

Photo by Ross Domoney
http://aletheiaphotos.com/

Tôt dans la soirée du lundi 5 novembre, le Ministère de l’Economie a enfin déposé le projet de loi si attendu. Il s’agit d’un seul article de 216 pages! Les députés, dans l’expression du plus complet dédain des procédures démocratiques, ont été convoqués pour discuter et voter ce projet de loi en moins de 48 heures. A ce calendrier de chantage qui avilit les procédures parlementaires en ce qui concerne un projet de loi qui signe l’arrêt de mort de la société grecque, la population et les syndicats ont répondu avec une grève de 48 heures et un appel à l’encerclement du Parlement.

Le premier jour, la grève a commencé très tôt avec l’occupation de plusieurs mairies. Comme on pouvait s’y attendre, en raison des grèves des moyens de transport, la foule n’a pas atteint le niveau des rassemblements du mois dernier. Cela a très vite généré des pressions afin que le lendemain certains moyens de transport fonctionnent au moins pendant certaines heures de sorte à aider le déplacement des manifestants.

Le principal parti de l’opposition parlementaire a très vite affirmé sa présence en agissant de façon efficace et novatrice: des membres et des députés de SIRIZA, «patrouillant» les endroits stratégiques du centre-ville, sont intervenus et ont découvert et démasqué des mouchards déguisés en … manifestants! Le chef de l’opposition parlementaire a, de nouveau, été présent à cette réunion et a réitéré sa demande pour de nouvelles élections: «le consortium tripartite du mémorandum, afin de s’accrocher au pouvoir, donne des gages aux bailleurs et livre la société aux flammes du troisième mémorandum. Il ridiculise et met en pièces la Constitution et la Démocratie […]. Nous n’allons pas les laisser détruire ce qui est resté. Nous demandons des élections. Des élections maintenant pour arrêter la catastrophe, pour donner la parole au peuple, pour sauver le peuple de cette nouvelle tyrannie».

La manifestation a commencé et s’est terminée plus tôt que d’habitude et la foule a été rapidement expédiée et –pour la première fois depuis plusieurs mois– sans histoires. La sensation de empressement qui a été très vive tout au long de la manifestation, m’a rappelé la veille du 12 février, jour du vote du 2ème mémorandum – nous nous souvenons tous de ce qui s’est passé ce jour-là.

Le deuxième jour de manifestations, le 7 novembre, était totalement différent. Et en effet très similaire au 12 février! Les moyens de transport ont fonctionné à partir de 15 heures, et ainsi un grand nombre de personnes sont arrivées de Monastiraki, la station de métro en service la plus proche, jusqu’à Syntagma. La place Syntagma et surtout l’avenue Amalias étaient pleines de monde et la foule criait et applaudissait. Sous un geste inattendu, le groupe parlementaire de SIRIZA est sorti du Parlement en brandissant un panneau: «Vous détruisez le pays. Partez maintenant», geste qui a été accueilli avec enthousiasme et émotion par la foule.

Les accrochages entre les CRS et les manifestants n’ont pas tardé à commencer et la police a trouvé l’occasion pour expérimenter Aiantas, son nouveau véhicule de propulsion d’eau – spectacle assez grotesque puisque tout le monde étaient déjà trempé par la pluie.

Après quelques bagarres dans la partie inférieure de la place, entre les rues Karageorgi Servias et Sintagmatos, les CRS ont violemment repoussé les manifestants vers la partie supérieure de la place, les coinçant dans la rue Othonos adjacente. Une pluie de bombes lacrymogènes, des coups et des poursuites ont suivi et la foule tentait de s’échapper sans se faire piétiner. Une femme n’a pas réussi à se protéger et elle a été transportée gravement blessée au centre médical improvisé de la place Syntagma qui, pour des raisons de sécurité, se trouvait dans l’hôtel Amalias.

A la fin, une pluie torrentielle est parvenue ce que les CRS n’ont pas réussi, c’est-à-dire à dissoudre avant l’heure cette immense réunion. Les rues ont été transformées en rivières d’eau et de personnes, et nous pataugions tous afin d’arriver chez nous pour suivre à la télévision ou à la radio les 153 «pour» qui ont scellé notre avenir.

Creative Commons License
Grèce: 153 «pour», des milliers de «contre» by Yannis Christodoulou is licensed under a Creative Commons Attribution-NonCommercial-NoDerivs 3.0 Unported License.

This article is also available in:

Translate this in your language

Like this Article? Share it!

Leave A Response