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August 13, 2013
August 13, 2013

Amigdaleza, l’Abu Ghraib grec

Author: Dimitris Aggelidis Translator: Tania P.
Source: EfSyn  Category: Borders
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Amigdaleza, l’Abu Ghraib grec

Samedi soir, de violentes émeutes ont éclaté dans le centre de détention de migrants à Amigdaleza, ironiquement appelé Centre des Invités pour les Migrants. Il est bien documenté que les conditions de détention sont abominables et que la plupart des prisonniers sont détenus illégalement car ils n’ont commis aucun crime et n’ont pas été jugés et condamnés par un tribunal.

Après les émeutes, les «invités» d’Amigdaleza comptent déjà 48 heures enfermés dans des conteneurs,  en courant le risque de coup de chaleur. Dans la plupart des conteneurs il n’y a pas d’électricité ni de climatisation et dans certains l’alimentation en eau est coupée.

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La police répond à l’émeute d’Amigdaleza avec encore plus de répression, en choisissant de mettre en place une scène cauchemardesque de tension qui exacerbe les régimes politiques déjà dans l’impasse du ministère de l’Ordre Public et  nous rapproche de la possibilité d’une nouvelle rébellion.

Au cours de l’inspection d’hier, le médecin en charge du Centre, Elpida Efthimiatou, a constaté des ecchymoses sur de nombreux prisonniers au cours de l’intervention des policiers anti-émeute, qui ont apparemment lâché leur rancune à tout détenu qui s’est trouvé sur leur chemin. Il y a même des allégations non confirmées, de coups de feu au cours de l’intervention policière. Selon la police, dix policiers ont été blessés suite à une agression aux pierres lors de la révolte.

Des traces de coups

Les avocats qui ont vu les détenus arrêtés ont rapporté des dépôts de plainte pour violences dans le centre de détention du Département de Police des Étrangers, où ils ont été transportés. 83 prisonniers ont été amenés devant le procureur, tous sur les mêmes chefs d’inculpation (émeute, tentative de fuite, incendie criminel, mise en danger de la vie humaine, lésions corporelles graves, violence verbale). La police a arrêté hier deux des dix prisonniers qui s’étaient échappés et est toujours à la recherche des autres.

En même temps, la police et le Ministère de l’Ordre Public, avec l’aide des médias, tentent de gérer l’événement, brandissant le risque des sans-papiers, tout en omettant de mentionner que les détenus d’Amygdaleza ne sont pas détenus pour un acte criminel, mais seulement pour des raisons administratives; dans beaucoup de cas parce qu’ils avaient des permis de travail périmés qu’ils n’ont pas eu l’occasion de renouveler, surtout en raison des obstacles bureaucratiques.

Les conditions

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Spiros Rizakos, ONG Aitima:

Comme il a maintes fois été décidé par les tribunaux européens, notre pays soumet les réfugiés et les migrants détenus à un traitement inhumain et dégradant. Le résultat? Des suicides de prisonniers, la mort d’un prisonnier malade et des émeutes à répétition. Notre pays n’ignore pas seulement les décisions des tribunaux européens, mais il a également conduit la situation à l’extrême indépendamment des conséquences. Mais le respect du droit international, des droits de l’homme et de la dignité humaine est en définitive une question de démocratie et de civilisation. La question qui devient de plus en plus impérieuse est de savoir si nous allons accepter, en tant que pays et en tant que citoyens, la violation des valeurs fondamentales de la démocratie et de l’humanité; si nous allons entrer dans cette voie dangereuse.

Yanna Kourtowic, Réseau pour les droits politiques et sociaux:

Le problème n’est pas les conditions de détention. Parce que même si les conditions n’étaient pas terribles, même si les conteneurs n’étaient pas été tout bouillants, même s’il y avait des hangars et des arbres, même si la nourriture n’était pas déplorable (grâce à laquelle certaines sociétés de restauration deviennent riches, avec €5,87 par personne par jour pour fournir une pièce de pain), même s’il y avait des médecins et des produits d’hygiène et de nettoyage, les camps de détention de M. Dendias[1] seraient encore des lieux d’humiliation et de torture, selon les juridictions internationales qui ont condamné à plusieurs reprises la Grèce à ce sujet. Des lieux exclus de tout cadre légal, où les gens sont condamnés sans n’avoir commis aucun crime, sans avoir été jugé et sans délai sur leur détention. Quel juge va les juger?

Eva Kosse, Observatoire des Droits de l’Homme:

Ce qui est arrivé à Amigdaleza était attendu. Des groupes internationaux de défense des Droits de l’Homme ont prouvé les conditions scandaleuses de détention des migrants et des demandeurs d’asile en Grèce. Alors que le gouvernement grec a pris des mesures modestes pour améliorer les conditions de détention, les migrants et les demandeurs d’asile, y compris des enfants, sont toujours détenus dans des conditions inadaptées, souvent caractérisées comme inhumaines et dégradantes. Selon le droit international, les migrants qui n’ont pas la permission d’entrer ou de rester dans un pays peuvent être soumis à la détention, dans certains cas. Toutefois, la détention doit être jugée sur une base individuelle et ne doit pas être la règle. Les procédures d’extradition doivent être suivies avec rapidité et diligence de manière à minimiser le temps de détention. La détention des demandeurs d’asile doit rester le dernier recours. L’objectif de la politique de détention appliquée par la Grèce semble être plutôt la sanction des migrants que leur extradition, ce qui est expressément interdit par le droit international des droits de l’homme.

[1] Nikos Dendias est le ministre de l’Ordre public et de la Protection du Citoyen. Il est le directeur politique d’une force policière qui réprime et torture. Il est également l’inspirateur d’opérations telles que Zeus (contre les migrants) et Thétis (contre les toxicomanes) et responsable de l’expulsion des squats les plus anciens de la ville (qui ont été des centres culturels et des forteresses contre le parti néo-nazi Aube Dorée)

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