Friday 22nd September 2017
x-pressed | an open journal
March 14, 2016
March 14, 2016

Slovaquie: la xénophobie et le nationalisme remportent la partie

Source: EurasiaNet 
This article is also available in: enes
Slovaquie: la xénophobie et le nationalisme remportent la partie

Le week-end dernie, la Slovaquie a tenu des élections parlementaires. Ce petit pays d’à peu près 5.5 millions d’habitants décidait de la direction à prendre, de la politique avec laquelle il se sentait le plus en accord.  Et cela, de façon massive. En effet, lors de ces élections, la participation a dépassé les 60%, deuxième plus haut taux de participation depuis 1991. Le premier ministre actuel, Fico, briguait un troisième mandat consécutif, suivant ainsi, en élève fidèle, le chemin tracé par Viktor Orban en Hongrie (qui en est à son troisième mandat). La réponse a été radicale: une augmentation importante, tant au niveau du pourcentage que du nombre de sièges, de la présence des forces politiques de l’extrême-droite nationaliste et xénophobe. La Slovaquie rejoint ainsi ces pays où le discours anti-immigration gagne de l’ampleur et où les forces politiques extrémistes et populistes ont réussi à se faire une place plus que symbolique dans les institutions. La France, Les Pays-Bas, la Suède ou la Grèce sont des exemples particulièrement représentatifs.

En Slovaquie, les résultats électoraux ont eu une série de conséquences qui compliqueront la gouvernance. Premièrement, le parti au pouvoir a perdu la majorité absolue obtenue en 2012, et se voie obligé à chercher un accord avec au moins deux autres groupes politiques. Cela semble difficile, sachant que tous les autres partis, à l’exception du Parti National Slovaque, ont exprimé leur intention de refuser toute coalition avec l’actuel Premier Ministre. Le parlement slovaque compte 150 sièges et le parti social-démocrate Smer-SD n’en a obtenu que 49. Ces 15 sièges supplémentaires ne seraient donc pas suffisants pour pouvoir gouverner. Par ailleurs, Fico, ainsi que le reste des groupes politiques, reste fermement opposé à une alliance avec le leader du parti populaire « Notre Slovaquie», Marian Kotleba, qui a précédemment fait l’objet d’une enquête pour incitation à la haine raciale contre la communauté rom et pour être un fervent admirateur de Jozef Tiso, président de l’état fasciste proche du IIIème Reich.

Une atomisation s’est également produite au niveau du nombre de groupes présents dans l’organe législatif ayant réussi à dépasser le seuil des 5%. Aux partis social-démocrate (Smed-SD, 49 sièges), libéral (Liberté et Solidarité, 21 sièges), conservateur (OLANO-NOVA, 19 sièges) et au parti hongrois (Ziev, 11 sièges), s’en sont ajoutés d’autres, de création plus récente, ou qui avaient été absents de la scène politique durant la dernière législature. Ainsi, le Parti Nationaliste Slovaque, qui avait été membre de la coalition gouvernementale entre 2006 et 2010, revient avec 15 sièges et un programme basé sur la promotion des industries stratégiques et la lutte contre la multiculturalité. Le parti populaire « Notre Slovaquie » (14 sièges), mentionné précédemment, fait également son apparition, dans le plus pur style de l’Europe Centrale des années 30. Il n’était, d’ailleurs, apparu dans aucun des sondages pré-électoraux. Finalement, s’incorporent également le parti eurosceptique et anti-immigration Sme Rodina (« Nous sommes une Famille ») (11 sièges) et le parti centriste Network (10 sièges), créé mi-2015.

Étant donnée cette situation, la Slovaquie pourrait se voir dans l’obligation d’organiser un nouveau scrutin électoral, avec une complication : au mois de juin prochain, Bratislava assurera la Présidence semestrielle de L’UE. Dans cette perspective, les spéculations commencent sur la possible création d’un cabinet d’experts intérimaire qui assumerait le pouvoir jusqu’au mois de décembre, voire sur la formation d’un gouvernement de consensus promu par le libéral Kiska, car il n’y aurait plus suffisamment de temps pour organiser de nouvelles élections anticipées avant l’été.

Un troisième point, qui nous paraît d’une importance centrale, est la mise en évidence par ces élections de la suprématie des positions anti-immigration dans le pays. Bien qu’à des degrés différents, l’ensemble du spectre politique semble partager un même avis sur la question migratoire. Et cela ne fait que refléter l’opinion publique slovaque, dont 89% ont refusé la réinstallation des réfugiés. Effectivement, de même que dans d’autres pays européens, la crise des réfugiés a favorisé la reprise de discours politiques xénophobes et populistes  qui ont résonné auprès d’une population en profonde crise identitaire, une crise dont le résultat est un repli sur soi qui nous rappelle, d’une certaine manière, l’Europe de l’entre-deux-guerres.

En Slovaquie, le premier ministre Fico a commencé à utiliser ce genre de rhétorique pendant l’été 2015, alors que sa côte de popularité était en chute libre. Son principal objectif était d’améliorer ses perspectives électorales. Dans le même esprit, la Slovaquie a déposé en décembre 2015 un recours devant la Cour de Justice de l’UE contre les quotas de réinstallation des réfugiés venus de Grèce et d’Italie. Mais son principal cheval de bataille a probablement été le discours contre la communauté musulmane, peut-être dans l’idée d’obtenir le soutien d’une majorité sociale ultra-catholique. Il affirmait, entre autres,que : « l’intégration naturelle de personnes qui ont un autre mode de vie, une autre philosophie, un autre patrimoine culturel et, surtout, une autre religion est impossible. »

Au vu des résultats électoraux, il est évident que Fico n’a pas atteint ses objectifs. L’utilisation d’une rhétorique nationaliste contre les migrants de la part de Smer-SD a eu comme résultat le renforcement de la position politique de l’extrême-droite en Slovaquie. Un fois de plus le nationalisme le plus ethnocentrique fait une réapparition après les gouvernements de Vladimir Meciar (qui a occupé de hautes fonctions de 1991 jusqu’à 1998). Si à l’époque, alors que se construisait l’état-nation, le discours ethno-nationaliste portait essentiellement sur les Gitans et les Hongrois, il se dirige aujourd’hui contre les communautés musulmanes, qu’il s’agisse de résidents ou de réfugiés fuyant le conflit syrien, avec des intentions essentiellement électorales et de distraction.

Mais la peur d’une « invasion » musulmane du pays est-elle fondée ? Ou celle d’une avalanche incontrôlable de migrants ? I Si l’on s’en tient aux données, cela ne semble pas être le cas. La Slovaquie a reçu moins de 350 demandes d’asile en 2015, dont seulement 8 ont été acceptées. Par ailleurs, dans le cas d’une potentielle relocalisation de migrants, le nombre de réfugiés qu’elle devrait prendre en charge serait de 2600, et 902 à réinstaller. Cela semble peu probable, donc, qu’il s’agisse là de la raison de l’intensité des discours proférés dans les derniers mois dans la sphère politique slovaque. En fin de compte, des réfugiés imaginaires ont procuré leurs sièges à des Nazis bien réels.

Comme nous l’avons mentionné précédemment, Fico a utilisé ce genre de discours pour renforcer ses perspectives électorales. Mais également pour détourner l’attention de la population d’autres questions importantes comme la fragilité du système de santé, la dégradation de l’éducation, l’augmentation des inégalités territoriales ou la corruption liée aux privatisations effectuées par le gouvernement. Tout cela alors qu’étaient mises en place des mesures populistes comme la gratuité des transports en commun pour les retraités, l’augmentation du salaire minimum ou la réduction des impôts sur les produits alimentaires.

De plus, ce faisant, la Slovaquie renforce sa position commune dans une alliance avec les Polonais, les Tchèques et les Hongrois face aux discussions au Conseil Européen quant à l’Espace Shengen (ils sont partisans d’une expulsion de la Grèce). Ils critiquent également les sanctions contre la Russie, et, bien sûr, la gestion de la crise des réfugiés. Or, sur ce dernier point, et à la lumière de l’accord avec la Turquie, on dirait que les postulats de Orban, Zeman et Fico ont gagné la partie.

This article is also available in:

Translate this in your language

Like this Article? Share it!

Leave A Response