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November 15, 2012
November 15, 2012

Est-ce que les Grecs sont racistes?

Author: Aggeliki Dimopoulou Translator: Tania P.
Source: TVXS  Category: Antifascism
This article is also available in: elenes
Est-ce que les Grecs sont racistes?

Ηausse de l’Aube Dorée[1], activité des troupes de raid, attaques violentes contre les immigrés, opération «nettoyage» sous le nom  impropre «Zeus hospites»[2],  dénonciations par les organisations internationales des violations des droits de l’homme des groupes vulnérables, constituent un nouveau paysage pour la Grèce d’aujourd’hui. La question du racisme se pose plus intensément que jamais dans le discours public. Les causes du racisme, la source de la tolérance face au racisme mais aussi les pratiques de  lutte contre le racisme, ont été mises sur la table lors du débat organisé par Intelligence Squared Greece dans le Centre Culturel Onassis. “En Grèce nous sommes des racistes” était la question mise sur la table.

M. Vallianatos, journaliste et président de la Coalition Libérale, et Kostis Papaioannou, ancien président du Comité National des Droits de l’Homme et membre du réseau pour l’enregistrement des agressions à caractère raciste, étaient en faveur de cette thèse. A l’inverse, Vasiliki Georgiadou, professeur adjoint de sciences politiques à l’Université Panteion et Nikos Mpistis, ancien ministre du gouvernement Simitis et membre du parti DIMAR[3], s’y sont opposés. Tous les intervenants ont tenté d’éviter le piège de généralisation. Le public pouvait voter avant et après le débat ainsi que par le biais d’Internet.

Qu’est-ce qui caractérise finalement notre société: la tolérance envers la diversité ou la tolérance envers le racisme? Est-ce que cette réaction est un résultat de la crise économique et de la pauvreté? Sommes-nous menés à des choix racistes parce qu’ils viennent combler le vide du pouvoir et de la sécurité créé par les élites politiques et l’Etat? Ou est-ce que cela constitue un problème plus profond et intemporel? Le problème aurait-il ses origines dans l’éducation et l’école, la famille et la société, bien avant la crise? La discrimination et le racisme sont-ils les conséquences naturelles de la crise? Ou est-ce que cela constitue une partie de notre société qui s’est tout simplement révélée pendant cette situation difficile? Telles étaient certaines des questions posées.

[….]

Papaioannou: «En Grèce, il y a un phénomène néo-nazi intense»

En tant que premier intervenant, M. Papanioannou a remarqué que la réponse à la question du débat ne devrait pas être fondée sur une généralisation qui “en soi est la source d’une très grande partie du problème de racisme”. Il a particulièrement insisté sur le rôle de l’État. “Est- il possible que l’Etat soit raciste? Est-ce que l’Etat pourrait surmonter la vague du racisme dans la société grecque en suivant ou pas telle ou telle politique?”.
Il a présenté comme exemple la politique de l’Etat dans le quartier d’Agios Panteleimonas[4]. «Quelle était la politique de l’État et de la municipalité? L’Etat même qui a fait transférer les immigrés depuis la région d’Evros en autobus jusqu’à ‘l’entonnoir’ d’Athènes et dans ‘l’entonnoir’ plus étroit encore d’Agios Panteleimonas. Mais quelle est la politique de l’Etat aujourd’hui, quand il tolère la fermeture d’un parc pour enfants par un gang à Agios Panteleimonas et la création d’une zone inaccessible. Selon M. Papaioannou, “la façon dont les citoyens élaborent leur conduite envers les immigrés est largement déterminée par les politiques de l’Etat”.

M. Papaioannou a souligné que la base solide pour le racisme est l’ethnocentrisme, qui a des racines profondes dans la société grecque, en notant également ses connotations de classe. “Nous, les Grecs, nous avons un problème avec les réfugiés irakiens, mais nous n’avons pas de problème avec l’Emir de Qatar qui vient pour investir ou pour faire ses vacances. Ainsi, mise à part l’origine, la classe sociale et financière est aussi très importante”.

“En plus, le racisme est sélectif. La violence et le racisme se retournent à peine contre le crime dur. Ils ne se retournent pas contre les circuits de traite humaine. Je n’ai jamais vu l’Aube Dorée plaisanter avec les bordels de la rue Filis, où se déroulent le crime financier dur et le trafic de drogue et où sont basés les gangs de trafiquants nigériens. Le racisme disparaît là-bas et  réapparaît toujours contre les plus faibles, les plus démunis”. Il a notamment signalé les “gouttelettes racistes” au sein du système juridique et il a souligné la décision du Conseil d’Etat sur la citoyenneté, en notant qu’il s’agit d’une “page sombre”.

Il a également parlé du rôle des media, en soulignant que dans nombreux cas les journalistes sont insuffisants, alors qu’il y a des media qui jouent le jeu de l’Aube Dorée pour augmenter leur audience. Il a également affirmé que certains media semblent être venus à une entente avec l’Aube Dorée, rappelant l’article du journal “Proto Thema” avec la vieille dame qui retirait de l’argent à un guichet automatique sous la protection d’un jeune homme “costaud” et qui, finalement, était la mère d’un candidat de l’Aube Dorée comme il a été démontré.

Pour conclure son premier discours, M. Papaioannou a posé la question: “Est-ce que les Grecs sont racistes?”. “En Grèce, il ya un phénomène néo-nazi fort. Un phénomène violent, sans précédent dans l’Europe moderne, qui se dresse sur un phénomène de racisme massif, omniprésent dans la société grecque et avec des racines sociales profondes et historiques. Je répondrais qu’en Grèce nous avons un énorme problème de racisme qui vit et prospère dans la société grecque “.

[…]

Georgiadou: “Il y a aussi la Grèce qui n’est pas phobique”

“La phrase que nous étudions a besoin d’un point d’interrogation. Sommes-nous racistes en Grèce? La question, telle qu’elle se pose, s’insère dans un cadre précis . Le racisme dans quelle Grèce?” était la question que Vasiliki Georgiadou a posée. “Dans la Grèce de l’Aube Dorée, de l’extrémisme et des extrêmes? Dans cette Grèce-là il y a certainement du racisme. Il existe, cependant, la Grèce qui n’est pas phobique et qui a l’esprit ouvert. Dans cette Grèce-là le racisme conscient est marginal”.

Dans le 6ème arrondissement d’Athènes, des comportements violents et racistes ont lieu. “Pendant ma recherche, j’ai été témoin de tels comportements envers les immigrés, mais aussi envers les toxicomanes. Cependant, j’ai été aussi témoin du soutien des immigrés par les habitants de la région”, a-t-elle remarqué.

Mme Georgiadou a souligné que toutes les formes de discrimination ne sont pas nécessairement synonymes de racisme. “L’aversion éphémère, la réservation ou la peur envers quelqu’un ou quelque chose ne sont pas du racisme. Nous avons tous des préjugés inconscients. En période d’incertitude et de bouleversements ces préjugés s’activent. Cela ne veut pas dire qu’ils vont également prévaloir. Pour arriver à cela, le soi et la pensée rationnelle doivent reculer et le fanatisme doit régner”.

“Le problème dans le context actuel c’est plutôt le populisme, le fanatisme et l’extrémisme qui révèlent le racisme. En outre, c’est l’instrumentalisation des préjugés racistes par ceux qui, dans une situation difficile, investissent de manière opportuniste à la peur des personnes faibles”. Elle a particulièrement insisté sur la valeur de l’éducation, affirmant qu’en l’absence d’un travail de fond au sein de l’école, les enfants ont tendance à se tourner vers des sous-cultures idéntitaires. Actuellement, la sous-culture des vêtements noirs et de la force physique est à la mode. Le racisme ne se construit pas à partir de zéro”.

Enfin, elle a ajouté la dimension du temps à la problématique, en remarquant que, selon des études européennes sur le racisme dans les années ‘90, la Grèce présentait des pourcentages faibles par rapport à d’autres pays européens. Cette image a commencé à changer en Grèce bien avant la crise et en particulier dans les années ’00 quand le pays était encore dans un état de relative prospérité, comme elle a dit.

 

[1]. L’Aube Dorée est le parti néo-nazi grec. Malgré son existence depuis les années 80, c’est la première fois qu’il est representé au niveau du Parlement; après les éléctions de juin 2012 il obtient 18 sièges. Des candidats appartenants à l’Aube Dorée sont également accusés de crimes aussi graves que des agressions physiques et des assassinats. Ils mènent des ratonnades contre les immigrés, en les poignardant et en détruisant leurs magasins. Leur activité fasciste et raciste se poursuit et s’intensifie sous la tolérance du gouvernement grec et l’Union Européenne.

[2]. Zeus hospites: Dieu protecteur de l’hospitalité et des invités, prêt à venger tout tort causé à un étranger

[3]. DIMAR: parti formé par d’anciens membres de Syriza; malgré son passé de gauche il fait actuellement parti de la coalition gouvernementale et soutient activement des politiques néo-libérales et autoritaires.

[4]. Agios Panteleimonas: il s’agit d’un quartier auparavant de classe moyenne à Athènes, où de nombreux immigrants se sont installés dans les années 2000 et qui, depuis 2009, est devenu la cible du parti néo-nazi Aube Dorée.

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