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June 27, 2016
June 27, 2016

L’échec de la gauche laisse le Parti Populaire à La Moncloa

Author: Ignacio Escolar Translator: Solène Retourné
Source: eldiario.es  Category: On the crisis
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L’échec de la gauche laisse le Parti Populaire à La Moncloa

Parmi les principaux leaders espagnols, il n’y a qu’un seul gagnant. Il n’y en a qu’un seul, il s’appelle Mariano Rajoy Brey, et il a démontré une fois de plus que « vivre, c’est résister », comme il le disait par SMS à la femme de Luis Barcenas. Rajoy a résisté. Il est le grand gagnant de la nuit électorale la plus surprenante de l’histoire de la démocratie espagnole : celle où tous les sondages se sont trompés.

Le PP (Parti Populaire) améliore considérablement ses résultats, en terme de votes comme en sièges. Il progresse aux dépens de Ciudadanos et d’une partie de l’électorat. Non seulement il reste en tête avec une importante longueur d’avance sur les autres partis mais en plus il devance, avec Ciudadans, le PSOE et Unidos Podemos réunis. Il semble impossible que le futur gouvernement ne passe pas par le PP et il paraît probable que Rajoy résiste et garde ses fonctions, tout simplement parce qu’il n’y a pas d’autre candidat. Il n’y a pas de gouvernement possible pour cet accord avec le PSOE et le soutien ou l’abstention des nationalistes que proposait Podemos. Le gouvernement transversal entre le PSOE, Ciudadanos et Unidos Podemos, qui n’a pas abouti il y a trois mois, ne paraît pas non plus réalisable, et les vetos mutuels le rendent encore plus difficile aujourd’hui.

Le PSOE (Parti Socialiste Ouvrier Espagnol) résiste au choc et surmonte l’obstacle, bien au-delà de ce qui était prévu, même s’il a été vaincu jusqu’en Andalousie. Il améliore très faiblement son pourcentage de vote du 20 décembre mais il perd cinq autres sièges, un nouveau record, ce qui fait du 26 juin le pire résultat électoral de son histoire. Il reste la clé pour n’importe quelle investiture, mais la question est de savoir s’il sera suffisamment fort pour faire sortir Mariano Rajoy de La Moncloa. Le PSOE n’obtient qu’une victoire, qui n’est pas des moindres : se maintenir comme deuxième force politique et éviter le sorpasso qu’annonçaient tous les sondages. Un sorpasso qui échoue tant en pratique qu’en tactique, et qui laisse le PP au pouvoir, plus fort qu’il ne l’était il y a trois mois.

Unidos Podemos garde les sièges que les deux partis, IU (Izquierda Unida, Gauche Unie) et Podemos avaient déjà, mais elle perd un vote sur cinq : plus d’un million au total. 71 sièges, c’est un résultat exceptionnel pour une coalition menée par un parti d’à peine deux ans d’existence mais mauvais aux vus des attentes et des votes gagnés en décembre. Cette même loi électorale qui avait auparavant pénalisé IU sert aujourd’hui à sauver les meubles – et les sièges.

Le rejet que provoquent les façons de faire de Pablo Iglesias chez une grande partie des électeurs – un leader bien moins apprécié que son parti, selon les sondages – a eu des conséquences. La tactique du bon flic, mauvais flic fonctionne mieux lorsque les deux rôles ne sont pas interprétés par la même personne ; la tenue de modérateur de Iglesias pendant la campagne n’a pas suffi à faire oublier son attitude plus agressive des mois précédents. Les sondages erronés ont eu aussi beaucoup d’influence : leur erreur a pu conditionner le résultat. Tous ces facteurs ont renforcé le vote utile pour le PP dans les milieux conservateurs qui craignaient Unidos Podemos, et ont également servi à mobiliser une partie de l’électorat socialiste qui a voté pour Podemos le 20 décembre et qui cette fois a préféré sauver le PSOE du désastre historique que le sorpasso aurait supposé.

Le PP restera au gouvernement et il est fort probable que Mariano Rajoy reste à La Moncloa. Le président du gouvernement devra composer avec le Parlement le plus divisé de l’histoire, et il y aura sûrement des revers parlementaires tous les jours.

Le PP gouvernera parce qu’il n’y a pas d’alternative de gouvernement, mais il aura face à lui une majorité incapable de s’entendre – le PSOE, Unidos Podemos, Ciudadanos et les nationalistes – mais opposée à la façon dont Rajoy comprend la politique. Avec un autre président, la minorité parlementaire que représente le PP consentirait à une vie politique plus riche et plurielle. Avec Rajoy, on doit s’attendre très probablement à un gouvernement reposant sur l’application de décrets-lois.

Quant à Ciudadanos, ils pâtissent de la loi électorale, de l’appel au vote utile pour le PP et de son pacte avec le PSOE, qui n’a pas plu à une grande partie de ses électeurs qui viennent de droite. Ils perdent, peut-être à tout jamais, l’opportunité historique d’incarner une alternative au PP de la corruption. A moyen terme, ils connaîtront sûrement le même sort que le CDS (Centre Démocratique et Social) ou UpyD (Union, Progrès et Démocratie). Il n’auront pas non plus beaucoup de marge de manœuvre au cours de leur inévitable négociation avec le PP. Pour Rajoy, cet accord ne sera pas gratuit, mais il semble douteux que Ciudadanos, avec 32 sièges, ait la capacité d’obtenir grand’chose du PP.

« Ce ne fut pas, comme vous le savez, une étape facile, autrement dit, ça fut une étape très difficile », a dit le vainqueur de la nuit lors d’une intervention chaotique et desorganisée ayant causé de l’embarras. C’est un échec collectif: l’échec de la gauche, incapable de se mettre d’accord il y a trois mois, et qui laisse maintenant le PP à La Moncloa.

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