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September 23, 2012
September 23, 2012

Les fascistes regagnent les rues de Madrid

Author: Tania Bozaninou Translator: Thanassis Vasileiou
Source: To Vima  Categories: Antifascism, Dialogues
This article is also available in: esenel
Les fascistes regagnent les rues de Madrid

Les partisans de Franco réapparaissent sous les traits du fascisme et de la xénophobie.

L’extrême droite resurgit, à nouveau, en Espagne. Mille néo-fascistes ont manifesté samedi dernier à Madrid, proclamant que «la crise, c’est la démocratie».

C’était leur première apparition dynamique après une longue période de tranquillité.

Est-ce que cela prouve que l’extrême droite espagnole va suivre les empreintes des partis fraternels européens et va réussir à faire la surprise dans les prochaines élections? Tous les ingrédients s’y trouvent: la crise économique, le chômage élevé, le grand nombre d’immigrés, et les partisans de Franco qui sont prêts à changer de profil, optant pour celui du racisme et de la xénophobie, qui, comme ils l’avouent eux-mêmes, «vend bien de nos jours».

L’extrême droite espagnole n’a peut-être pas encore obtenu de sièges au Parlement, cela n’empêche pas pourtant que sa présence soit ressentie au niveau local. Il y a l’exemple de Xavier Garcia Albiol, maire de Badalona, deuxième ville de Catalogne, qui a été élu, comme le soulignent les media espagnols «grâce à une rhétorique qui ne diffère pas beaucoup de celle de L’Aube Dorée[1] en Grèce».

Cependant, il y a un problème: Albiol n’appartient pas à un parti quelconque de l’extrême droite, mais au «Parti Populaire» (PP), voire au gouvernement. Les partisans de Franco ont echoué, depuis sa mort en 1975, à former un parti avec une présence parlementaire et n’existent depuis que sous le toit du PP. Pourtant, il semblerait que cela change. Et le changement débute en Catalogne.

La Plateforme pour la Catalogne (PxC), fondée par le franquiste Josep Anglada en 2002, a recueilli 66.000 votes et a élu 67 conseillers locaux au cours des dernières élections, ce qui représente cinq fois plus de partisans par rapport aux élections de 2007. Le PxC suit le modèle classique des partis néofascistes: pousser des racines au niveau local avant de s’étendre progressivement au niveau national.

Le contexte actuel, pour le moins, les privilégie: les partisans de l’extrême droite ont récemment manifesté, partant des bureaux du PP jusqu’à ceux du Parti Socialiste, en proclamant que «Madrid sera le berceau du Fascisme» – paraphrase du «Madrid sera la Tombe du Fascisme» de la gauche. Leur manifestation a été l’une des 1900 qui se sont organisées dans la capitale espagnole durant les sept derniers mois. Personne n’exclut la possibilité que cela constitue le début d’une nouvelle vague de néofascisme qui emportera l’Espagne à la suite de tant d’autres pays européens.

Entretien

«Je n’exclurais pas un phénomène ‘Le Pen’ à l’espagnole»
«Pendant longtemps, ceux qui étudiaient l’extrême droite en Europe considéraient le cas de l’Europe du Sud –l’Espagne, la Grèce, le Portugal- comme étant un cas à part. Maintenant cette théorie est à revoir» déclare M. Antonis Ellinas, professeur de Sciences Politiques à l’Université de Chypre et auteur du livre «Les Media et l’Extrême Droite en Europe occidentale» (éd. Epikentro).

Il explique qu’on considérait que ces trois pays se différenciaient des autres pays européens parce que «leur expérience récente de dictature décourageait la montée des partis de l’extrême droite. En tant que sociétés, la grecque, l’espagnole et la portugaise, n’avaient pas vécu la période méta-matérielle des autres, c’est-à-dire, le moment où les convictions changent et de nouveaux axes se forment –au-delà des classiques entre la gauche et la droite- qui sont liés entre autres à des questions d’identité nationale».

Il estime qu’en Grèce il y a eu la «tempête parfaite» pour le renforcement de l’extrême droite: «La crise économique qui s’est combinée avec une aversion généralisée pour le système politique. Les étrangers constituent la cible facile mais il y a également la dimension systémique».

Cela veut-il dire que l’Espagne, qui affronte les mêmes problèmes de crise et d’immigration, aura le même sort? M. Ellinas répond que l’Espagne diffère car «il y a les autonomistes –Vasques, Catalans- et donc les problématiques d’identité nationale ont une dimension plutôt périphérique et ces diverses identités nationales concurrencent l’identité espagnole».

Pour le moment, l’effet électoral de l’extrême droite espagnole n’est pas si considérable. «Aux législatives de 2011 les partis de l’extrême droite dans l’ensemble n’ont recueilli que le 0,3%» dit-il. Le PP, parti qui se veut de centre-droit, rassemble toutes les tendances de la droite.

«En Espagne le phénomène se trouve encore à ses débuts» conclut M. Ellinas. «Il y a pourtant la base, comme le montrent les sondages qui affirment une montée de la xénophobie chez les Espagnols». Les partis de l’extrême droite ont tendance à se hisser brusquement en Europe comme l’a montré l’exemple du «Front National» de Jean-Marie Le Pen qui a recueilli le 10% aux élections européennes de 1984, alors qu’aux précédentes celui-ci n’avait atteint que le 0,3%. «Ça ne serait pas une surprise si la situation actuelle de l’Espagne se transformait en quelque chose de plus massif» dit M. Ellinas.

Affinités

Michàloliakos[2] va-t-il `honorer’ Franco?
«Il n’y a pas de doute sur le fait que l’extrême droite s’installe en Espagne» affirme le journaliste espagnol Anjel Matos. «Jusqu’à nos jours l’extrême droite n’atteignait que des pourcentages minimes parce qu’elle était divisée en de nombreux petits partis. La majorité témoignait de la sympathie pour le franquisme. Aujourd’hui leur rhétorique est renouvelée, ainsi que leurs méthodes».

Matos explique que durant les derniers mois les néofascistes passent à l’assaut contre les immigrés et les communistes, en faisant ressentir leur présence.

Il ajoute que la presse espagnole, bien que d’une validité discutable, se réfère à la possibilité d’une visite du leader de l’Aube Dorée Nikos Michàloliakos à l’Espagne, pour l’anniversaire de la mort de Franco, afin de stimuler les néofascistes espagnols.

 

[1]. L’Aube Dorée est le parti néo-nazi grec. Malgré son existence depuis les années 80, c’est la première fois qu’il est representé au niveau du Parlement; après les éléctions de juin 2012 il obtient 18 sièges. Des candidats appartenants à l’Aube Dorée sont également accusés de crimes aussi graves que des agressions physiques et des assassinats. Ils mènent des ratonnades contre les immigrés, en les poignardant et en détruisant leurs magasins. Leur activité fasciste et raciste se poursuit et s’intensifie sous la tolérance du gouvernement grec et l’Union Européenne

[2]. Michaloliakos Nikolaos: leader du parti neo-nazi Aube Dorée. Il a été condamné et emprisonné pour deux attentats à la bombe dans un cinéma dans les années 1970

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