Wednesday 20th June 2018
x-pressed | an open journal
April 7, 2014
April 7, 2014

L’insoutenable légèreté des politiques d’immigration en Europe

Author: Vera Pinheiro Translator: Tania P.
Category: Borders
This article is also available in: elenespt-pt
L’insoutenable légèreté des politiques d’immigration en Europe

Un permis de séjour d’or est en offre à quiconque est prêt à apporter de l’argent de l’extérieur et à investir dans le petit, pauvre et affecté par la crise Portugal; le même pays de 10,000,000 habitants dans lequel plus de 5,000 personnes sont officiellement sans-abri. Et si vous pensez que cela ne se produit que dans l’extrême sud ouest de l’Europe, détrompez-vous. Bruxelles ont juste créé un visa valide pour un an, éventuellement renouvelable, autorisé pour les touristes, les artistes, les chercheurs et les étudiants; le même Europe pour laquelle plus de 23,000 immigrants, seulement entre 2000 et 2013, sont morts. Ces quatre nouvelles, en apparence déconnectées, m’ont fait penser à la direction de la politique européenne d’immigration actuelle.

Le Portugal suit les fois grec et espagnol

Le lundi 31 mars la première dans les tabloïds portugais: plus de 5,000 personnes sont désormais sans abri au Portugal. Selon l’Institut National de Sécurité Sociale, au moins 4,420 personnes vivaient déjà en 2013 dans des jardins publics, des stations de métro, des gares routières, des espaces de stationnement, des trottoirs ou au-dessous des ponts. Toutefois, ce nombre ne tient pas compte de ceux qui ont cherché refuge dans des bâtiments abandonnés ou étaient sans abri dans la zone urbaine de Lisbonne, où la Maison Sainte de la Miséricorde est en charge. Ici seulement, 509 sur un total de 852 sans-abri ont été retrouvés dans la rue par 800 bénévoles le 12 décembre de l’année dernière. Ce nombre est estimé avoir doublé ou triplé au cours des 2 dernières années, suivant ainsi la tendance déjà vue en Grèce et en Espagne. Et les similitudes ne s’arrêtent pas ici. Au Portugal, environ 2,000,000 sur un total de 10,000,000 personnes vivent avec moins de 409 € par mois. Plus de la moitié de ceux qui sont au chômage ne reçoivent aucune aide de l’Etat. Les chiffres, récemment rendues publiques par l’Institut National de Statistiques, ne mentent pas – il y a un nombre croissant de personnes pauvres. Bien que la majorité devienne de plus en plus pauvre, la minorité riche devient de plus en plus prospère.

Pendant ce temps, le nouveau programme d’ajustement a également été rendu public cette semaine. Encore plus de coupes dans les retraites et les salaires publics ont été annoncées. Comme d’habitude. Maintenant, la vraie nouveauté est venue de notre vice Premier Ministre, Paulo Portas. Dans les deux dernières années, près de 85,000 personnes sont devenues inaptes à recevoir une aide de l’Etat, parce que, selon lui, ils possédaient plus de 100,000 € dans leurs comptes bancaires. Soit il sait quelque chose que nous ignorons soit il est juste une bonne putain de menteur. Quoi qu’il en soit, une chose est sûre, il ne parlait pas de Jorge Gonçalves, le fondateur de la Banque Commerciale Portugaise (BCP ou Banco Comercial Portugues).

Fondée en 1985, la BCP a été la première banque privée au Portugal démocratique. Ayant près de 4.3 millions de clients à travers le monde et un bénéfice de 201,000,000 € en 2008, la BCP a été considérée comme la plus grande banque privée du pays. Elle a également assuré à son président et chef de direction 400,000 € par mois de salaire, 5 voitures, 2 chauffers, 40 gardes du corps et un avion privé pour voyager avec sa femme… Une vie faite de sacrifices de laquelle il obtient seulement 170,000 € de retraite mensuelle de nos jours. Pourquoi? Parce que, en 2012, à la suite d’insolvabilité, la BCP a dû être secourue par un plan de sauvetage de 3 millions d’euros. Par qui? Par le gouvernement portugais tout-puissant dirigé par Pedro Passos Coelho. Avec l’argent de qui, puisque nous étions au milieu de la crise européenne de la dette souveraine d’ici là? Du plan de sauvetage du IMF/UE du pays bien évidemment! Et le meilleur est encore à venir. Jorge Gonçalves vient d’être prescrit sur ​​une amende de 1 million d’euros imposée par la Banque du Portugal, ainsi que sur une ancienne interdiction par le tribunal de reprendre ses fonctions exécutives. Comme un vieux proverbe portugais dit «Au pays des aveugles, celui qui a un œil sera le roi».

Citoyenneté européenne en vente?

Deuxième scoop de la semaine: un homme chinois tenant un permis portugais de résidence d’or est arrêté après avoir été accusé de fraude fiscale dans son pays. Initialement créés pour attirer des capitaux de l’extérieur en ces temps de crise, les permis de séjour d’or sont aujourd’hui fortement contestés au Portugal. Pourquoi? Parce qu’on peut obtenir un tel permis tout simplement par: (a) l’achat de TOUT type de biens immobiliers d’au moins 500,000 €; (b) le transfère d’un capital d’au moins 1 million d’euros à investir dans TOUT type d’entreprise et de société; ou (c) la création d’au moins 10 emplois permanents. Quel que soit l’investissement, il doit être maintenu au moins pendant 5 ans suivant l’octroi de permis. Le permis de séjour est délivré pour un an en premier temps, étant ensuite renouvelé pour des périodes successives de deux ans. Les titulaires peuvent également demander la réunification de leur famille, l’accès à un permis de résidence permanent ainsi que la nationalité portugaise. Dernier point, mais non le moindre, tout cela comprend l’accès à l’espace Schengen. C’est pour cette raison que les permis d’or faits au Portugal sont maintenant le «meilleur régime de visa d’investisseur en Europe». C’est une vraie histoire (http://goldenresidencepermit.com/).

Le premier permis d’or a été livré en octobre 2012 directement par les mains du vice Premier Ministre actuel Paulo Portas à Muthu Nesamanimaram, un homme d’affaires indien qui a créé plus de 800 emplois, promettant encore 600, dans les hôtels et vin portugais. Cependant, la Chine semble être notre principal admirateur. Avant le 24 mars de l’année courante, 612 du total des 772 permis d’or (ce qui signifie 79%) ont été remis à des Chinois seulement (et il y en a 400 en attente actuellement). Des millionnaires, comme Xiadong Wang, qui venait d’acheter une maison de luxe à Cascais. Et qui, au final, est recherché par Interpol. Sa capture, la semaine dernière, a rouvert le débat sur la lisibilité de ces permis. L’opposition affirme que les permis d’or vont transformer le pays en un véritable paradis pour la fraude. Le journaliste Henrique Monteiro ajoute que le permis d’or est «hideux et immoral»: «Des permis d’or pour ceux qui ont de l’argent? Brillant! Invitons des dealers aussi, qui nagent dans des millions et vont certainement nous aider à sortir de cette crise! Le crise économique, bien sûr! Parce que la crise morale, nous ne pouvons surement pas nous en sortir – la même crise qui avait dicter la crise économique».

Une version moderne, basée sur le capitalisme, de la «sélection naturelle» de Darwin

Pendant ce temps, à Bruxelles, notre ancien Premier Ministre et actuel président de la Commission Européenne, favorise une nouvelle législation pour faciliter l’accès à l’espace Schengen aux étrangers dès le début de 2015. Une étude réalisée par la Direction Générale des Entreprises et de l’Industrie (DGEI) a conclu que, seulement en 2012, l’Europe a perdu environ 6.6 millions de voyageurs potentiels parmi les six nations de voyage actuellement plus grandes – Chine, Inde, Russie, Arabie Saoudite, Afrique du Sud et Ukraine. Par conséquent, DGEI estime une perte annuelle de l’ordre de 4,200 à 12,600 millions d’euros et de 80,000 à 250,000 d’emplois. Tout en raison de la complexité du système actuel en ce qui concerne la question des visas. C’est pour cela que l’Union Européenne a déclaré mardi que le nouveau Visa Voyage (Travel Visa) vise à stimuler l’économie européenne. En particulier, le tourisme et les activités connexes, comme l’industrie du transport, de divertissement ou de la restauration, sont ciblés par l’UE à être les principaux moteurs de la croissance et de l’emploi futur de l’Europe. Le nouveau visa de courte durée, qui peut être prolongé jusqu’à deux ans, bénéficiera également des artistes, des chercheurs et des étudiants désireux de passer plus de temps en Europe.

Et pourtant, il ne faut pas être submergé par un tel scénario idyllique. Non pas quand, dans la même semaine, le nombre d’immigrants qui tentaient rejoindre l’Europe entre 2000 et 2013 est devenu connu. 23,000! Bien sûr, 23,000 n’est pas un si grand nombre par rapport aux 6.6 millions mentionné ci-dessus. Mais mon sentiment est que la mathématique n’est pas vraiment le problème. La mathématique appliquée, ou pour mieux dire l’économie, l’est. Malheureusement pour eux, ces 23,000 personnes ne venaient pas des grandes nations de voyage. Malheureusement pour eux, ils venaient des pays dévastés par la guerre, les dictateurs ou la famine. Malheureusement pour eux, ils devaient voyager parce qu’il n’y avait tout simplement plus d’avenir dans leurs pays. Ils n’avaient pas de billet de retour et ils seraient heureux d’arriver jusqu’à la fin. La terre de leur rêve, notre Europe qui montre que du dégoût. Pas de pitié pour ceux qui n’ont pas la bonne couleur de peau, la bonne forme des yeux, le bon appareil photo ou le bon style. L’Europe qui déshumanise ces milliers qui n’ont jamais atteint l’autre côté de la mer Méditerranée. L’Europe qui préfère être pragmatique en période électorale, plutôt que de résoudre un problème d’immigration réel. L’Europe qui se soucie plus sur les 10 milliards d’euros que nous avons perdus avec les «voyageurs potentiels», plutôt que sur les plus de 20,000 vrais vies perdues dans nos rivages. La même vieille Europe hantée par son héritage colonial, qui crie haut et fort «Liberté, Egalité, Fraternité».

L’histoire est faite pour s’en rappeler, non pas pour se répéter

Une des classes les plus particulières de l’histoire que j’ai eu à l’école concerne le XV siècle. En particulier, la période où le Portugal a été salué comme une économie mondiale superbe. Une histoire faite de braves qui ont découvert le Nouveau Monde inconnu, à travers des tempêtes de mer et des monstres, illuminant les Indiens incultes, «non civilisés» du Brésil (qu’ils ont d’abord confondu pour l’Inde, d’où le nom donné aux indigènes), de l’Afrique et de l’Asie. Une histoire qui peut se résumer en trois parties. Les Portugais ont navigué de Lisbonne vers la côte de l’Afrique, où ils ont enlevé de leurs maisons des hommes et des femmes africains. Ils ont ensuite navigué vers le Brésil. Après avoir quitté des prêtres sur la nouvelle terre – afin qu’ils puissent éclairer la règne de l’obscurité – les Portugais ont échangé des Africains pour un peu de sucre et de coton. Ces produits-là étaient ensuite expédiés en Inde, d’où les Portugais pourraient enfin apporter de la soie et des épices très chers au Portugal. Tout cela juste pour éviter la Route d’Epices de l’Asie en Europe surtaxée par terre.

Comme récit, il est très brillant, n’est-ce pas?

Dans le cadre de l’histoire réelle, il ne l’est pas. Même une petite fille de pas plus de 12 ans pourrait remarquer que l’ensemble de notre Empire tout-puissant avait été construit sur l’esclavage humain! Et pourtant, ce qui se passe actuellement n’est pas très loin de ce que je viens de vous décrire. La vieille Europe, très respectée jusqu’ici, a pour très longtemps agi dans son propre intérêt, en mettant son doigt ici et là chaque fois que cela lui convenait, en faisant ses propres règles et les proclamant comme les bons. L’immigration a existé aussi longtemps que l’humanité elle-même. Ce qui semble être une nouveauté moderne est cette idée de gestion des déplacements de personnes à travers un filtre purement dédié à l’obtention du profit économique maximal. Hier, des hommes et des femmes africains étaient échangés pour des épices. Aujourd’hui, pour la promotion de la survie des plus riches. Sous quel prix? Exclusion. En se débarrassant des plus pauvres. En se débarrassant des difficultés. En se débarrassant des marginalisés. Et pour être honnête, ce culte moderne qui adore le Dieu de Profitus Maximus me fait peur. Non pas parce que je ne sais pas d’où cela vient. Mais parce que je ne sais pas où cela nous conduirait.

Creative Commons License
L’insoutenable légèreté des politiques d’immigration en Europe by Vera Pinheiro is licensed under a Creative Commons Attribution-NonCommercial-NoDerivs 3.0 Unported License.

This article is also available in:

Translate this in your language

Like this Article? Share it!

Leave A Response