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July 1, 2013
July 1, 2013

Grèce: Sur les drogues

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Grèce: Sur les drogues

Le 6 et 7 mars 2013, la police grecque en collaboration avec ΚΕΕΛΠΝΟ (Centre de Contrôle et de Prévention de Maladies), a arrêté 132 toxicomanes qui se sont transportés au centre de détention d’immigrés à Amygdaleza. Là, sous l’ordre de l’ΕΚΕΠΥ (Centre de Recherche pour la Promotion de Santé), les médecins ont obligé les intoxiqués à des examens afin de découvrir le nombre exacte des porteurs du virus du SIDA et de le faire publier. D’après le gouvernement, les toxicomanes en question ont reçu des soins, on leur a procuré de la nourriture et des jus (!) avant qu’ils ne se laissent libres. On ne sait pas encore comment ces gens-là se sont rendus au centre d’Athènes. L’intitulé de la mission est «Thétis» et d’après la police «ce genre de missions va continuer afin que le problème de la drogue soit affronté et que le niveau de l’image d’Athènes soit amélioré». Il devient clair ainsi que la police ne se limitera plus à jouer seulement le rôle de l’appareil de répression mais elle adoptera encore un, celui de la «santé», voire le règlement de la santé publique.

Les réactions d’organismes contre la drogue ou des centres de réadaptation des toxicomanes ont été immédiates. Ils ont souligné le caractère illégal de la mission puisque l’arrêt sans aucune raison et l’enregistrement obligatoire des informations personnelles et médicales des intoxiqués constituent une transgression des droits humains, contre le Constitution, les lois et les accords internationaux. Tant que l’État travaille sur les statistiques qui a dorénavant à sa disposition, des centaines des porteurs du SIDA sont dans la rue sans traitement médical. Les centres de réadaptation de toxicomanes, ayant subi des diminutions radicales de financement, ne sont plus capables d’agir.

Laissons pour le moment les statistiques et la violence et recherchons les conditions qui renforcent la discrimination sociale, tout en conduisant les choses vers l’évolution d’un comportement de dépendance pour la société grecque.

L’accro autre

On pourrait approcher le sujet de dépendance de drogue via plusieurs points de vue, toujours par rapport à l’une ou l’autre réalité culturelle ou sociopolitique. On va se concentrer pourtant sur la relation de l’intoxiqué avec la liberté, à sa chasse désespérée, et finalement à sa perte, dans ce monde de drogue.

L’usage de drogue a ses racines dans une tendance de fuite de la réalité. Dans la rupture avec la société. Dans la renonciation d’une routine à laquelle le futur toxicomane ne peut pas affronter. L’usage de drogue ne procure pourtant qu’une solution temporaire. Le paradoxe consiste en ce que l’intoxiqué s’en sert afin de se sentir indépendant et désenchaîné de la routine, et finalement se trouve piégé dans une «hyper-routine, qui diminue la vie radicalement, jusqu’aux essentiels, à la seringue, à la prescription, à la chasse désespérée de la dose suivante»[1] . La peur initiale qui concerne la confrontation avec le monde en état de lucidité, se transforme à une soumission tyrannique à la dose et à la perte totale d’envie de vivre, la vie n’étant plus que la survivance biologique.

La décision de sortir de ce cercle vicieux, constitue une action qui demande une force psychique très grande que très peu de gens, toxicomanes ou pas, en disposent. Le dépendant s’efforce au traitement médical afin d’échapper à la routine autodestructive et mortel, ayant comme but la vie et non plus la survivance.

La société propre

Et pourtant, aujourd’hui, il y a de moins en moins de gens qui s’adressent aux centres de réadaptation. Le nombre des toxicomanes augmente alors que celui des gens qui choisissent la thérapie diminue. La demande de réadaptation n’est pas une demande de survivance mais aussi, et surtout, une demande de vie. Qu’est-ce qui se passe pour autant quand le choix de quelqu’un d’appartenir à la partie propre de la société n’a plus affaire à la vie mais à la survivance?

En tant que phénomène sociale, mais aussi civil, la dépendance a toujours été le reflet de la situation sociopolitique. Afin d’essayer une approche sur les raisons qui conduisent à la dépendance, il faudra examiner ce de quoi les intoxiqués veulent s’exclure. Les dernières années la société grecque va de pire en pire: chômage, diminution des salaires, diminution des prestations sociales, perte de droits. Les manifestations massives et les émeutes des premières années de la crise ont rencontré la répression violente de la police. Les gens sont affaiblis, ont perdu leur espoir pour le changement auquel ils croyaient et par conséquent leur capacité à agir. La suite a entraîné plus de répression: agressions dans des endroits publiques, patrouilles incessantes et inhibition des grèves.

Les gouvernements de nos jours mais aussi ceux du passé récent, ont stratégiquement attaqué à toute sorte de résistance, épuisant la société. Ils ont établi l’indifférence, la passivité, la peur, même la culpabilité. Dans ce cadre généralisé, la majorité de la population a évolué une addiction paradoxale pour un système qui n’a de cesse d’échouer. Une dépendance imposée par la parole politique dominante, fondée sur la menace de pertes supplémentaires, comme si rien n’a été perdu. Des nouveaux ersatz apparaissent et garantissent une sorte de survivance: des histoires imaginaires de succès, des promesses et des statistiques pour un meilleur futur. Tout ce qui pourrait faire maintenir un «fonctionnement inerte».

Le choix «vie» au lieu du choix «survivance» n’est pas facile et il ne va pas de soi non plus. C’est un choix qui demande du dépassement, c’est un risque et une ouverture à l’inconnu: une bataille contre l’habitude, une destruction des éléments qui assurent notre sécurité. Toutefois, il y a des gens qui continuent à faire ce choix, «cassant» l’habitude et s’affrontant à la peur de l’échec, ils renoncent à la survivance et revendiquent la vie, prouvant la possibilité des actions «impossibles». Dans cette bataille il n’y a pas de frontière entre les parties saines ou pas saines d’une société, puisque le désir est le même: une vie sans dépendance ni peur.

En rédigeant ces lignes, ERT[2] est occupée par ses employés et un bon nombre de gens qui s’y sont rendus, après la décision subite du gouvernement de la fermeture de la chaîne Nationale. Le peuple solidaire qui reste à côté des employés de l’ERT tout en les encourageant, a des propositions différentes: la réouverture de l’ERT, afin qu’elle devienne un moyen de diffusion libre pour les opprimés, pour les mouvements résistants, et pour tout ceux qui se sont exclus par les médias dominants. Quel que soit le résultat, le cas de l’ERT constitue un rappel: la lutte n’a pas encore terminé.

 

[1] Matsa Κ., Ψάξαμε ανθρώπους και βρήκαμε σκιές [On a cherché des hommes et on a trouvé des ombres], éd. Agra, p.77

[2] ERT: le radiodiffuseur public grec qui a été récemment fermé par le gouvernement

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Grèce: Sur les drogues by Lena Theodoropoulou is licensed under a Creative Commons Attribution-NonCommercial-NoDerivs 3.0 Unported License.

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