Thursday 04th June 2020
x-pressed | an open journal
May 26, 2013
May 26, 2013

Le modèle suédois en flammes

Author: Katerina Stavroula Translator: duolingo
Source: Syllavizontas  Category: Protest
This article is also available in: eneselpt-ptit
Le modèle suédois en flammes

La Suède a longtemps été l’Etat modèle des avantages sociaux, de l’égalité sociale et de la tolérance.  Un exemple que les dirigeants politiques grecs ne manquaient pas non plus d’utiliser.  Stockholm est l’une des capitales les plus riches d’Europe.  Et pourtant la semaine dernière ses banlieues ont été secouées par des émeutes rappelant celles des banlieues françaises.  Depuis maintenant une semaine les jeunes des banlieues brûlent des voitures et jettent des pierres contre les policiers et les postes de police, alors que les incendies d’un commissariat de police, d’un restaurant et d’une école ont déjà été signalés.

La raison derrière ce que les médias caractérisent avec étonnement comme «la révolte suédoise», fut le meurtre par la police d’un homme de 69 ans d’origine portugaise qui, enfermé dans un appartement, les menaçait avec un couteau.  L’incident fut enregistré par l’opinion publique de la banlieue de Chasmpi, où il se produit, comme un nouveau cas d’arbitraire policier et fut le déclencheur pour la jeunesse marginalisée des banlieues sud et ouest de Stockholm pour descendre dans la rue.

«La ségrégation à Stockholm est en hausse constante et rapide» dit Nina Entstromto de l’Associated Press; c’est une anthropologue sociale qui travaille pour la promotion de la coexistence dans un centre multiculturel à Fitgia, là-même où les incidents violents ont éclaté.  «Il y a d’immenses clivages sociaux.  Il y a beaucoup de jeunes gens désœuvrés et furieux.  Je ne suis pas surprise par ce que je vois se produire».

Après des décennies où le «modèle suédois» était marqué par la générosité de ses avantages sociaux, la Suède a réduit le rôle de l’état dès le début des années 1990, engendrant la plus rapide hausse des inégalités parmi les pays développés de l’OCDE.  Bien que le niveau de vie soit toujours parmi les plus élevés en Europe, les gouvernements n’ont pas réussi sur le long terme à réduire efficacement la pauvreté et le chômage des jeunes, qui affectent particulièrement les communautés immigrées.

Le journal apparenté à la gauche Aftonbladet écrit que les émeutes constituent un «énorme échec» des politiques gouvernementales qui ont sous-estimé l’émergence des ghettos dans les banlieues.  Et le mot ghetto semble même se confirmer sur le plan architectural, par un simple regard sur les grandes barres d’appartements où vivent la majorité des immigrants.  «Nous avons échoué à donner à beaucoup de gens des banlieues de l’espoir pour le futur» nota Anna Liv Margkret, du parti d’opposition de gauche, après les premiers incidents, dans le quotidien Svenska Dagbladet.

Au même moment, environ 15% des 9,5 millions d’habitants de Suède ne sont pas nés dans le pays, un taux qui n’était que de 10% il y a seulement cinq ans.  Ce taux est l’un des plus forts de la région, se composant, depuis quelques années, principalement de gens fuyant  les pays en guerre comme l’Irak, la Somalie, l’ex-Yougoslavie, l’Afghanistan et récemment la Syrie, vers la Suède.  Rien qu’en 2012, la Suède a accueilli un total de 103.000 migrants, presque 44.000 en quête d’asile, soit 50% de plus que l’année précédente.  Près de la moitié d’entre eux n’obtiendront qu’un simple permis de résidence temporaire.

Le chômage parmi la population qui n’est pas née en Suède est d’environ 16%, tandis que ce chiffre tombe à 6% pour les natifs de Suède, selon les données de l’OCDE.  Parmi les 44 pays industrialisés, la Suède est quatrième, en valeur absolue, pour le nombre de demandeurs d’asile et seconde, proportionnellement à sa population, selon les données des Nations Unies.  Plus inquiétant encore est le fait que, particulièrement dans les populations immigrées, un fort pourcentage de jeunes a du mal à finir leurs études secondaires et leur instruction limitée leur coupe encore plus l’accès à l’emploi.

L’environnement inégalitaire a favorisé le parti d’extrême-droite Démocrates de Suède, à la rhétorique anti-immigration, qui grimpe régulièrement dans les sondages pour atteindre parfois la troisième place, en vue des élections programmées pour l’an prochain dans le pays.

Cette tendance alarmante qui a commencé à gagner du terrain dans la société suédoise, se confirme dans les témoignages concernant le comportement de la police à la fois avant et pendant les incidents dans les banlieues.  Sebastian Chorniak, 15 ans, a dit à l’Associated Press qu’il a vu des policiers tirer en l’air, crier après une femme et l’appeler “guenon”.  Kena Sorouko, représentante de Megkafonen, un collectif d’immigrants qui vise à un changement social et parle au nom des citoyens des banlieues, a affirmé qu’elle avait entendu les officiers de police appeler les gens “rats, clochards, Nègres”.

“Nous voyons une société de plus en plus lézardée dont les fissures, tant sociales qu’économiques, s’élargissent”, dit Rami Al-Kamisi, co-fondateur de Megkafonen, “et les gens autour d’ici en souffrent d’autant plus… Nous avons maintenant un racisme institutionnel”.  Et d’autres témoignages complètent les conclusions sur l’isolement des banlieues.  “Je discute avec des jeunes dans certaines banlieues, qui me disent ”ce serait plus sympa si je pouvais rencontrer un Suédois” dit Camila Salazar, qui travaille dans un centre de jeunes de Frysouset.

“Ici, nous avons un groupe de jeunes gens qui pensent pouvoir changer la société par la violence,” déclare le Premier Ministre suédois de centre-droite, Fredrik Reinfeldt, dans une conférence de presse, pour simplifier le phénomène.  Et poursuit, quelques jours plus tard, en disant que brûler une voiture “n’est pas une libre expression d’opinion mais du hooliganisme.”  Pourtant, ces phénomènes sociaux ne peuvent être exorcisés en simplifiant et en incitant au retour au calme, spécialement quand des études montrent que dans certains de ces quartiers pauvres, un tiers des jeunes de 19 à 29 ans ne sont ni scolarisés ni actifs.

This article is also available in:

Translate this in your language

Like this Article? Share it!

Leave A Response