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November 17, 2015
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Ukraine: Entrevue avec Ricado Marquina, directeur de «Ukraine, l’année du chaos»

Source: Eurasianet  Category: Dialogues
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Ukraine: Entrevue avec Ricado Marquina, directeur de «Ukraine, l’année du chaos»
Ricardo Marquina est journaliste indépendant et directeur du documentaire ''Ukraine, l'année du chaos'' (titre original : Ucrania, el ano del caos''). Il a travaillé de l'Euromaiden à Kiev jusqu'à l'actuel conflit a Donvas. Depuis 2008, il collabore avec différents médias espagnols et internationaux.

Javier Morale (JM) : Pourquoi avez-vous fait un documentaire sur la crise en Ukraine? Que vouliez-vous partager ?

Ricardo Marquina (RM) : Je ne suis pas un journaliste, mais j’aime raconter des histoires. Durant la dernière année et demie, j’ai fait l’expérience de la plus grande histoire de mon cursus ; une histoire qui a certainement changé la carte de l’Europe pour toujours, qui a enlevé la vie à des milliers de personnes, qui a à nouveau divisé le monde entre l’Est et l’Ouest et qui a changé ma vie d’une façon significative et décisive.

J’ai été témoin du conflit ukrainien a tous ses stages, depuis son début presque naïf à Maiden jusqu’aux batailles sanglantes de Devaltseve. C’est pour cette raison que j’ai décidé de raconter cette histoire de la façon la plus honnête possible, avec pour seul outil mes images, faisant la narration ce que j’ai vu à travers ma caméra et écoutant les gens qui y étaient présents, peu importe que j’aie été d’accord avec leur opinion ou non.

C’était également important de raconter cette histoire sans le faire en étant payé par quelqu’un, sans commanditaire. C’était la seule façon de présenter mon histoire fermement au public et d’assumer que tout le mérite et toutes les erreurs dans le récit de l’histoire seraient les miennes.

Je ressentais le besoin de raconter ce que j’avais vu et l’envie de laisser quelque chose de mon passage pour ceux qui voudraient le regarder, comme un essai si vous voulez, qui démontrait ce qui m’avait tant impressionné. Et je voulais faire cela sans aucune barrière, hors du moule des médias de masse.

Mon documentaire ”Ukraine, l’année du chaos” ne signifie rien de plus que de parler de ce qui s’est passé, en restant loin de l’hystérie et en essayant de ne pas prendre de parti basé sur les phobies précédentes où des sympathies. Je ne sais pas si j’y ai réussi, mais je peux vous assurer que c’est ce que j’ai essayé de faire.

JM : Quelles images ou situations vous ont le plus influencé ?

RM : Évidemment, le chemin que j’ai parcouru a eu son lot de moments que je n’oublierai jamais et qui resteront dans l’oeil de ma caméra pour toujours. Les cadavres sur le square Maiden, les files de véhicules armés russes prenant position en Crimée, la première mort citoyenne à Donbass, en Kramatorsk (une très jolie fille, assassinée par l’éclatement d’un AK de la Garde Nationale Ukrainienne), le son des bombes tombant a seulement quelques mètres de moi, le désespoir dans les yeux de tous ces gens qui avaient tout perdu… plusieurs morts et beaucoup de sang que je ne peux effacer de ma mémoire et pour lesquels je ne peux toujours pas trouver de justifications.

JM : Pensez-vous que l’Espagne ait une vue objective sur ce conflit ?

RMComme toute guerre, celle-ci est également une histoire remplie de nuances et de différents points de vue, où les deux parties revendiquent la vérité et accusent la partie opposée de mentir et de faire usage de propagande. Je comprends parfaitement que les Ukrainiens se rangent d’un côté ou de l’autre, c’est ce que font les Russes aussi. Les Russes sont très sensibles à tout ce qui se passe dans leur pays cousin et vivent sous un monopole de l’information laissant seulement paraitre un côté du conflit. Je suis autant fasciné qu’horrifié du fait que même en Europe, et particulièrement en Espagne, les gens prennent également pour une partie ou l’autre d’une manière obstinée et incontestable, comme si c’était un match de foot.

La qualité de l’information des médias occidentaux est aussi honteuse que celle des Russes. On n’y retrouve pas un seul mot sur les abus des paramilitaires – certainement nazi – au sein des troupes ukrainiennes, on y oublie les victimes civiles et les bombes acclamées par Bruxelles, pas un mot sur le fait que c’est l’Ukraine qui a commencé cette guerre après un coup applaudi par l’Occident.

JM : Comment les gens en Russie perçoivent-ils ce qui se passe dans leur pays voisin?

RM : Quand on vit en Russie, on peut facilement constater de quelle façon la haine contre la Russie et l’Ouest gagne en importance, nourrie par les médias russes qui vomissent constamment haine et mensonges. Une haine pas nécessairement sans raisons ou motifs, mais gonflée à un niveau absurde par les médias de masse qui ne révèlent jamais le côté plus sombre de la milice prorusse ou la réelle présence d’une énorme quantité de matériel militaire et de militaires russes sur le sol ukrainien.

JM : Et en Ukraine? La population a-t-elle encore espoir de retrouver la paix?

RM : Plusieurs Ukrainiens pensent toujours qu’une victoire militaire est possible, principalement grâce à la propagande ukrainienne de la télévision. Mais malgré cela, beaucoup de personnes comprennent que ce que le gouvernement essaie de faire est de « perdre avec dignité ».

Le climat de peur, généré par la propagande, amène une partie de la société ukrainienne a vouloir un conflit ouvert avec la Russie, dans l’espoir de recevoir de l’aide militaire de la NATO. Aussi, les secteurs de l’extrême droite n’accepteront pas l’abandon, la défaite ou la trêve. Dans ce cas, Poroshenko ou qui que ce soit qui occupe sa place à Kiev risque une nouvelle édition de Maiden.

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