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October 1, 2013
October 1, 2013

Vérités et mensonges sur l’immigration en Grèce

Author: Dina Ioakimidou Translator: x-pressed
Source: Unfollow  Category: Borders
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Vérités et mensonges sur l’immigration en Grèce

Les immigrés ne sont pas à blâmer pour le chômage, voire ils ont contribué à la croissance du PIB à hauteur de 1,5%, ils concourent aux caisses de l’Etat à hauteur de 50 à 91 millions par an, ils ont soutenu les systèmes bancaire et de retraite, ils ont interrompu la dégradation de la région et ralenti le vieillissement du pays. Découvrons les vérités et les mensonges sur l’immigration en Grèce.

                                                                                               

“La politique de la peur alimente une spirale de violations
des droits de l’homme, dans laquelle aucun droit
n’est inviolable et personne n’est à l’abri.”

Amnesty International, rapport annuel 2007

L’absence d’une politique d’immigration cohérente, systématique et efficace dans notre pays, 22 ans après l’apparition du phénomène de l’immigration de masse est en définitive une réelle politique et d’autant plus une politique anti-immigrés – aux conséquences incommensurables pour l’économie et la société. A partir de 1991 on observe la répétition avec une précision chirurgicale de l’esprit et de la structure d’initiatives institutionnelles échouées tendant au maintien par tous les moyens non pas de la légalité, mais de l’anarchie perpétuelle. Et pour la «politique» l’Etat grec ne peut pas invoquer -22 ans plus tard- l’alibi de la surprise, de l’ignorance ou du manque d’expérience.

La politique de la peur

Au printemps 2012, le Président de la Nouvelle-Démocratie Antonis Samaras, s’adressant lors du lancement officiel de la campagne électorale aux organes compétents du parti, proclame: «Nos villes sont occupées par des immigrés clandestins. Nous allons les reconquérir.»

Déjà quatre ans plus tôt, cependant, en 2008, le Centre National de Recherche Sociale (EKKE) pointait dans l’une de ses recherches: «Les valeurs universelles telles que l’équité, l’égalité et les droits de l’homme sont placées dans un certain contexte national et sont retransmises par le biais de la culture nationale. En conséquence, les droits sont considérés comme le privilège des natifs. L’immigration comme enjeux est liée à l’ordre public et à la sécurité nationale, tandis qu’une peur intense face à la reconnaissance des droits des immigrés domine. En Grèce, les immigrés n’ont pas de droits politiques ce qui les prive des mécanismes de pression et de négociation face aux dirigeants politiques. Ils n’ont que très peu de droits sociaux  conditionnés par une discrimination institutionnelle entre les populations nationale et étrangère tandis que les droits économiques qui leur sont reconnus sont réalisés sous des conditions tout autant inégales.»

Et c’est vrai. Cela fait plus de 22 ans que la politique d’immigration dans notre pays est conçue et mise en œuvre dans la logique du coût politique, sous la domination des groupes de pression clientélistes établis tout au long de son élaboration. Toutes ces années, le système de régularisation demeure rigide, bureaucratique et hostile face à l’immigré, fixant des restrictions très étroites au processus de légalisation. Les critères retenus tendent vers l’exclusion et la marginalisation et nullement vers l’intégration et le renforcement de la cohésion sociale. Les lois sur l’immigration sont caractérisées comme un «patchwork» vague tant pour l’administration que pour les immigrés, qui vise à maintenir les immigrés en otage.

«Leur régularisation»,  selon une étude menée par le EKKE  «est perçue comme un phénomène temporaire et les immigrés comme des personnes ayant une ‘date d’expiration’». La tendance générale est la dissuasion tandis que la conséquence de cette tendance est que toutes les mesures législatives sont liées à la validation permanente du statut des immigrés de monnaie d’échange pour l’avenir. Le caractère temporaire des immigrés est considéré comme un «objectif informel qui se renouvèle».

L’Etat grec a dès le départ fait face aux immigrés en adoptant une logique répressive-policière renforçant les phobies de l’opinion publique grecque. Pour réussir cet objectif, on a utilisé les pratiques habituelles et vérifiées. D’une part on a systématiquement dissimulé l’apport bénéfique des immigrés dans l’économie et la société grecques et d’autre part la réalité a été falsifiée pour créer des mythes pour le moins accommodants.

Mensonges utiles

«Le nombre d’immigrés est grand et/ou s’accroît». Ce n’est pas vrai. En réalité il apparaît en baisse concernant les immigrés légaux. Selon les données du Ministère de l’Intérieur, 440.000 immigrés ont un permis de séjour, alors que  151.000 autres permis vont être délivrés. Parmi eux seuls 80.000 possèdent un permis de dix ans, tandis que le nombre total des permis de longue durée ou de durée indéterminée ne dépassent pas les 130.000. 80.000 permis sont en suspens depuis deux ans parmi lesquels environ 30.000 concernent la non-conclusion de contrat de travail. Ce dernier élément cartographie le pourcentage d’augmentation du chômage au sein des migrants économiques. Quant aux tranches d’âge des migrants, ils sont 111.000 entre 0-19 ans, garçons et filles. En 2010, certains responsables des questions migratoires ont reçu un document classé du Service des Renseignements, par lequel ils ont été surpris d’apprendre que 1,5 millions d’immigrés avaient pénétré le pays. En réalité, le nombre total d’immigrés (légaux et non), selon les données du recensement de 2011, atteint les 912.000, tandis que l’Eurostat détermine le nombre d’immigrés hors U.E. habitant en Grèce à 7%. En règle générale, toutes les estimations arrivent à la conclusion que le nombre total d’immigrés ne dépasse pas les 10%.

«Les immigrés sont responsables du chômage». Ce n’est pas vrai. Les immigrés ne sont pas la cause du chômage. Les flux migratoires sont déterminés par les besoins en main d’œuvre du pays d’accueil et notamment par les besoins de la para-économie. L’arrivée d’une main d’œuvre pas chère a, cependant, des effets négatifs pour la main d’œuvre non qualifiée et les travailleurs de la terre.

«Ils vont accorder la citoyenneté à tous les immigrés et/ou l’octroi de la citoyenneté encourage l’immigration». Ce n’est pas vrai. La littérature concernant une «loi – aimant   pour les immigrés illégaux» qui a même émané de la bouche du premier ministre est dans son ensemble indémontrable et dangereuse. Les conditions d’octroi de la nationalité qu’élaborait la loi 3838/2010 concernaient les deuxième et troisième générations d’immigrés, soit de par leur naissance et dans la mesure où leur parents résidaient légalement dans le pays depuis au moins cinq années consécutives, soit suite à une scolarisation réussie d’au moins six classes à l’école grecque. Au total 200.000 enfants d’immigrés complètent les conditions requises pour l’obtention de la nationalité. Le fait de traiter les étrangers de deuxième et troisième génération qui sont nés ou ont grandi en Grèce de la manière qu’on a traité leurs parents ne peut avoir que des effets négatifs. Pour la majorité de ces enfants le seul pays qu’ils n’aient jamais connu est la Grèce. Par conséquent ils revendiquent l’évident: égalité des droits et des opportunités.

Les consequences réelles sur l’économie 

Selon certaines études, les immigrés ont contribué de par leur travail à une augmentation de 1,5 % du PIB (Sarris- Zografakis). Dans un article contenu au Bulletin Economique de Alpha Bank, il est estimé que l’arrivée des immigrés pendant la période  1990-2005 a contribué de manière déterminante au développement économique du pays et au maintien d’un nombre important d’activités productives au sein du territoire grec.

Les immigrés ont travaillé dur dans des domaines productifs auxquels les natifs évitaient de travailler, alors que les travaux étaient jugés dangereux, insalubres, manuels ou mal payés, tandis que leur contribution en main-d’œuvre agricole a permis aux agriculteurs et à leurs familles de s’abstenir des travaux manuels lourds. Ils ont aussi offert un soutien en matière de soins sociaux aux personnes âgées et handicapées, contribuant à la libéralisation de la main-d’œuvre féminine et à son intégration au marché du travail.

L’emploi des immigrés dans les régions les moins développées de la Grèce a freiné la dégradation de la région, tandis que l’indice est positif en ce qui concerne l’augmentation de la population du pays. De même, la structure – essentiellement – jeune en âge de la population immigrée a contribué de manière décisive au ralentissement du vieillissement de la population. Certaines PME ont survécu grâce à la main-d’œuvre pas chère offerte par les travailleurs étrangers. Malheureusement l’établissement en ville des immigrés est jugé extrêmement rentable par de nombreux propriétaires, qui louaient – non sans profit – non pas des appartements mais  des porcheries et des entrepôts aux immigrés.

Les sommes d’argent transférées par virement bancaire étaient d’une ampleur qui a provoqué l’intérêt du système bancaire. Ainsi, par une circulaire explicative, la Banque de Grèce a permis en 1998 l’ouverture des comptes bancaires des travailleurs étrangers en Grèce. D’ailleurs, en 2011, pendant la période de ruée bancaire, le système bancaire s’est reposé en grande partie sur les petits dépôts des immigrés.

Quels sont les autres revenus qui entrent dans les caisses publiques (renouvellement de permis, frais et timbres fiscaux) grâce aux immigrés légaux? Les estimations conservatrices évoquent 50 millions par an, alors que selon une étude présentée en décembre dernier lors d’une consultation au Parlement avec les organisations de migrants, les entrées de fonds publics au cours de la dernière année ont dépassé les 91 millions d’euros.

Par ailleurs, sur un court terme, leur contribution à la viabilité du système des retraites est évidente, tout autant que leur rôle dans l’afflux des fonds communautaires. (L’article paru au «Vima» le 22/2/2004 portait le titre caractéristique: «Les immigrés ont apporté le 4ème CCA»

Par ailleurs, l’Union européenne à travers les Fonds Européens pour les Frontières extérieures, pour les Réfugiés, pour le Retour et pour l’Intégration, a alloué des centaines de millions d’euros pour l’accueil décent et l’intégration des immigrés. Nous avons tout investi (ce que nous avons réussi à absorber) dans des camps de concentration nazis. Tout ceux donc que nous, par nos actes ou nos omissions avons réduit à l’ombre, dont le travail acharné a renforcé l’économie grecque, qui ont nettoyé nos maisons, qui ont pris soin de nos personnes âgées et nos malades, qui se sont occupés de nos terres, qu’on a  plumé avec les innombrables frais et amendes, qu’on a empilé dans des entrepôts d’âmes, qu’on a torturés, humiliés, assassinés, sont aujourd’hui notre ennemi utile…

Nouveau code de l’immigration (ou… quand Samaras s’est mis à pleurer) 

Le nouveau Code de l’immigration devrait être prochainement soumis au Parlement. Il promouvra le permis de séjour des résidents de longue durée dans le pays –en application du contenu d’une directive européenne de 2005 – en vue de faciliter le passage des migrants au sein de l’Union européenne. Cette autorisation sera accordée, d’après certaines sources, sous les conditions suivantes:

⁃  Résidence permanente dans le pays depuis cinq ans

⁃  Couverture  médico-pharmaceutique et assurance

⁃  Salaire suffisant (des 8.500 euros par an prévus par la loi il va être rabaissé à 520 par mois)

⁃ Certificat de maîtrise de la langue grecque

En outre, pour l’acquisition de la citoyenneté on présage son attribution sans examen préalable de certification de la langue grecque aux enfants qui complètent leurs 18 ans, dans la mesure où ils ont suivi l’enseignement obligatoire de neuf ans. Lors de la réunion qui s’est tenue à ce sujet au bureau officiel du Premier Ministre, ce dernier a reçu la proposition pour l’octroi de la citoyenneté aux enfants d’immigrés légaux dès leur inscription à l’école primaire. À l’appui par ailleurs de ce point de vue, on a employé l’argument de l’intégration dans l’éducation nationale non pas d’enfants de l’étranger mais d’enfants grecs de l’étranger, ce qui a suscité, d’après des sources para-politiques, l’émotion instantanée du Premier ministre Antonis Samaras…

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