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February 8, 2013
February 8, 2013

Brutalité policière croissante en Grèce: la face cachée de la crise

Author: Fragkiska Megaloudi Translator: White Rabbit
Source: Huffington Post  Categories: Antifascism, On the crisis
This article is also available in: enesel
Brutalité policière croissante en Grèce: la face cachée de la crise

En voyant des images saisissantes de Grecs luttant pour obtenir des sacs de légumes distribués gratuitement faire les gros titres de la presse internationale, il devient évident que la crise dans le pays a désormais dépassé les groupes de personnes vulnérables et qu’il a atteint la classe moyenne autrefois prospère.

Presque chaque famille a été touchée par la crise et tout le monde a une histoire à raconter au sujet d’un parent ou d’un ami qui a perdu son emploi et lutte pour survivre. Le PIB grec a reculé de 6,5% en 2012 et l’économie grecque devrait encore reculer en 2013 sous le poids de la prochaine série de mesures d’austérité exigées par les créanciers internationaux.

Et tandis qu’on a beaucoup parlé des chiffres économiques, le sort de la démocratie grecque est passé sous silence. Avec les Grecs souffrant sous le joug de mesures d’austérité sans fin et le pays paralysé par des grèves, les accusations de torture et de mauvais traitements par la police grecque se sont multipliées.

Récemment, la police grecque aurait torturé quatre personnes accusées d’être responsables de braquages de banques, qui avaient été arrêtés début février dans le nord du pays. Selon leurs familles, les jeunes hommes, âgés de 20 à 24 ans, et qui appartiendraient à un groupe terroriste local, ont été cagoulés et gravement battus au cours de leur détention. Alors que les images des suspects publiées par la presse montrent de nombreuses ecchymoses, la police a publié des photographies des quatre personnes, retouchées numériquement dans le but d’effacer les ecchymoses et les coupures, déclenchant un scandale publique.

Le ministre grec de la protection des citoyens, Nikos Dendias[1], a défendu la police grecque en disant que l’utilisation de Photoshop était nécessaire pour s’assurer que les suspects soient reconnaissables.

Ce n’est pas la première fois que des accusations de torture perpétrées par les forces de police grecques font les gros titres. En octobre dernier, quinze manifestants antifascistes ont été arrêtés à Athènes lors d’affrontements avec des membres du parti fasciste Aube Dorée[2]. Les victimes ont affirmé au journal britannique The Guardian qu’elles ont été torturées pendant leur détention à la Direction Générale de la Police Attique: des officiers de police les ont giflés et leur ont crachés dessus, leur ont brûlés les bras avec un briquet et les ont tenus éveillés toute la nuit avec des torches et des lasers. L’article du Guardian a conduit le ministre grec Nikos Dendias à accuser le journal britannique de diffuser des mensonges et à menacer de le poursuivre en justice. Cependant, des examens médico-légaux des quinze manifestants ont prouvé que la torture avait bel et bien eu lieu. Lorsque, le lendemain, deux journalistes grecs ont commenté l’article du Guardian sur la chaîne de télévision nationale, ils ont été virés.

Pendant que la crise s’approfondit en Grèce, la brutalité policière est en hausse. Depuis le tout début, des citoyens grecs se sont opposés aux mesures d’austérité avec des grèves générales, des manifestations et des occupations de places. La réponse a été des effectifs excessifs de forces de police, des gaz lacrymogènes, des blessures et de la détention injustifiée de manifestants.

Au cours des manifestations anti-austérité qui ont eu lieu à Athènes en mai 2011, Yannis Kafkas, un psychologue et étudiant en photographie, aurait reçu une blessure à la tête presque fatale lorsqu’un policier l’a frappé avec un des extincteurs que la police anti-émeute transporte avec elle. Il a passé 20 jours en soins intensifs et a dû subir une intervention chirurgicale d’urgence à la tête.

Le journaliste Manolis Kipraios, en couvrant les manifestations contre les mesures d’austérité de juin 2011, a été victime d’une perte auditive permanente après qu’un membre de la police anti-émeute ait lancé une grenade assourdissante contre lui.

En février 2012, plus de 100.000 personnes se sont rassemblées devant le parlement, à la suite du suicide en public d’un retraité de 77 ans. La manifestation a fini dans des affrontements avec la police anti-émeute au milieu de nuages de gaz lacrymogènes et de flammes. Le photojournaliste Marios Lolos aurait reçu de graves coups à la tête de la part des forces de police et a dû se faire opérer pour ses blessures à la tête. La veille, la journaliste Rena Maniou a été gravement battue par les forces de sécurité, tandis que Dimitris Trimis, le chef de l’association grecque des journalistes ESEA, s’est cassé le bras après avoir été violemment poussé et frappé par la police anti-émeute.

Dans d’autres situations, des manifestants ont été utilisés par la police anti-émeute comme boucliers humains: une photo diffusée sur internet montre une manifestante menottée au-devant des policiers pendant que des gens leur jetaient des pierres, lors des manifestations provoquées par la visite de la chancelière allemande, Angela Merkel, en octobre à Athènes.

Dans toutes ces affaires, pas un seul n’a été poursuivi.

La brutalité policière a une longue histoire en Grèce, et même l’assassinat d’adolescents par les forces de police n’est pas sans précédents. En 1976, deux ans après l’effondrement de la junte militaire qui a gouverné le pays de 1967 à 1974, Isidoropoulos Sideris, un adolescent militant de 16 ans, a été tué par les forces de police alors qu’il collait des affiches de campagne sur un bâtiment public. En novembre 1980, la police anti-émeute a battu à mort la manifestante Stamatina Kanelopoulou, âgée de 20 ans, lors d’une manifestation de commémoration du soulèvement de 1973 contre la junte militaire. Cinq ans plus tard, en 1985, un policier a tiré dans la tête de Michalis Kaltezas, âgé de 15 ans, lors d’affrontements dans une manifestation à Athènes. Le policier a été acquitté des accusations. En décembre 2008, un officier de police a abattu Alexis Grigoropoulos, âgé de 15 ans. Selon un témoin oculaire, le policier a visé l’enfant et lui a tiré dans la poitrine. L’assassinat de cet adolescent de 15 ans a déclenché des émeutes dans tout le pays. Contrairement à d’autres cas restés impunis, le policier a été jugé coupable pour l’assassinat de l’adolescent.

Ce qui rend la situation en Grèce encore plus alarmante est le fait que la plupart des violences de la police et de l’Etat ne sont pas signalés. Comme la majorité des médias grecs appartiennent aux familles oligarchiques du pays, qui contrôlent le secteur financier et ont des liens étroits avec les politiciens locaux, les journalistes préfèrent se taire afin de conserver leur salaire en fin de mois.

Récemment, un journaliste travaillant pour le magazine d’investigation Unfollow, a reçu des menaces de mort d’un homme qui s’est présenté lui-même comme le magnat du pétrole Dimitris Melissanidis, après la publication d’un article sur un scandale de contrebande de pétrole impliquant la société Aegean Oil de Melissanidis. Les menaces de mort proférées contre le journaliste ont trouvé très peu d’échos dans la presse locale.

Lorsque la Grèce s’enfonce toujours plus profondément dans le chaos, au milieu de la montée des tensions sociales et politiques, la démocratie est en danger dans ce même pays où elle est née.

Les élites politiques et économiques européennes ne parviennent pas à comprendre que la démocratie et la justice sociale, valeurs sur lesquelles le concept d’Union Européenne a été construit, sont aujourd’hui mises en péril par les importantes coupes sociales et baisses de salaires imposées unilatéralement, qui appauvrissent les nations et engendrent l’extrémisme et le chaos. Le gouvernement de coalition grec néglige son propre peuple et est incapable d’assurer la justice et les droits de base pour ses citoyens.

Quels véritables choix restent-ils au peuple? Cela semble être la question à laquelle plus personne ne peut répondre en Grèce.

 

[1]. Nikos Dendias est le ministre de l’Ordre public et de la Protection du Citoyen. Il est le directeur politique d’une force policière qui réprime et torture. Il est également l’inspirateur des opérations telles que Zeus (contre les migrants) et de Thétis (contre les toxicomanes) et responsable de l’expulsion des squats les plus anciens de la ville (qui ont été des centres culturels et des forteresses contre le parti néo-nazi Aube Dorée)

[2]. L’Aube Dorée est le parti néo-nazi grec. Malgré son existence depuis les années 80, c’est la première fois qu’il est representé au niveau du Parlement; après les éléctions de juin 2012 il obtient 18 sièges. Des candidats appartenants à l’Aube Dorée sont également accusés de crimes aussi graves que des agressions physiques et des assassinats. Ils mènent des ratonnades contre les immigrés, en les poignardant et en détruisant leurs magasins. Leur activité fasciste et raciste se poursuit et s’intensifie sous la tolérance du gouvernement grec et l’Union Européenne.

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