Wednesday 13th November 2019
x-pressed | an open journal
July 4, 2013
July 4, 2013

Egypte: Les hiéroglyphes de la révolution

Author: Nikolas Kosmatopoulos* Translator: Tania P.
Category: Protest
This article is also available in: enel
Egypte: Les hiéroglyphes de la révolution

"Egyptian Revolution got real" Image by Eng-Sam via devianART

L’Egypte entière est dans la rue actuellement – alors que l’ensemble de l’Ouest et de l’Est est assis sur son canapé essayant de comprendre ce qui se passe dans le pays des hiéroglyphes et des soulèvements. Une lecture primaire serait: «L’armée a fait un coup d’Etat afin de botter le gouvernement des islamistes. La révolution est une imposture. Et les Etats-Unis? Les États-Unis sont partout».

Armée, Islam, Révolution: trois mots qui ont été les plus utilisés sur les études et descriptions de l’Egypte au cours des trois dernières années et trois mots qui sont les plus mal compris dans ces mêmes études, trois mots qui n’ont jamais été analysés selon leur importance historique et anthropologique, et enfin trois mots dont l’utilisation superficielle révèle l’arrogance de l’Occident et l’ignorance vers le soulèvement le plus héroïque que le monde d’aujourd’hui n’ai jamais vu, peut-être suite à l’Intifada palestinienne en 1987.

La seule chose sur laquelle tous les «analystes» s’entendent, c’est que les Etats-Unis sont derrière tous ces processus. Mais même cela est une confirmation de l’arrogance occidentale qui y est intégrée, se manifestant soit par l’alignement avec les puissants et leurs machinations soit par le refus de reconnaître que la situation est complexe et ouverte à presque toutes les éventualités. Mes chers collègues théoriciens de la conspiration, les choses sont simples: celui qui pense qu’il comprend ce qui se passe en Egypte, ne comprend tout simplement rien. Obama n’est pas exclu. Toutefois, les hiéroglyphes égyptiens ont fortement besoin d’être décrypter.

L’armée

L’armée en Egypte est une compilation de nombreuses choses. Statistiquement parlant, les forces armées de l’Egypte constituent la plus grande armée en Afrique et au Moyen-Orient et la 11ème plus grande armée du monde. Ils reçoivent 1,3 milliards de dollars annuellement en «aide militaire» des États-Unis et, largement, leurs généraux ont été formés en Occident. Ce n’est pas le gouvernement qui prend les décisions concernant le budget de l’armée, mais l’armée elle-même. Les généraux contrôlent les secteurs clés de l’économie du pays, tels que le tourisme, l’immobilier, les travaux publics, les centres commerciaux, les médias et l’huile.

Historiquement, cependant, c’était l’armée égyptienne qui a renversé le règne odieux avec la révolution – «coup d’Etat» en 1952 et celle qui a porté au pouvoir le leader le plus populaire jamais vu par l’Egypte et le monde arabe. Cette armée a vaincu Israël en 1973 et a réoccupée Sinaï, mais c’est au sein même de cette armée – notamment au cours d’une parade militaire – que le tueur du président Sadate, le vainqueur de 1973, est sorti aussi.
Ainsi, l’armée est une chose et les généraux en sont une autre. L’armée se compose de centaines de milliers d’hommes égyptiens, dont les familles tentent de survivre dans une société qui devient encore plus pauvre chaque jour, pas à cause de l’islam ou de l’armée, mais tout simplement à cause du capitalisme. A tout moment, l’armée pourrait tout simplement refuser d’obéir aux ordres qui ne sont pas en accord avec la volonté populaire. L’armée n’est pas une masse sans forme qui agit selon les instructions du maréchal. Il est un élément dynamique de la société qui bouillonne sous les vibrations révolutionnaires.

L’islam politique

L’islam politique en Egypte est une compilation de nombreuses choses. Pour autant que cela concerne la scène politique centrale, il est une force conservatrice classique, épousant les valeurs comme la famille, la religion et la patrie – même si c’est un peu plus internationaliste que le droit interne, car il reconnaît le ummah et non la nation. Pour autant que cela concerne la société, cependant, l’islam politique est la version la plus populaire de l’Etat-providence, efficace et décentralisée, qui soutient et dirige des dizaines d’hôpitaux, des cliniques, des maisons de retraite, des associations caritatives, des jeunes et des centres d’apprentissage.

Historiquement, le mouvement Fraternité Musulmane a été persécuté par Nasser et Sadate, car ils redoutaient sa puissance -à juste titre puisque Sadate a été renversé par un islamiste- mais avec Moubarak un modus vivendi a été atteint, ce qui a permis l’islam politique à évoluer à la force la plus organisée dans le pays, après l’armée.

Moubarak a utilisé la Fraternité comme un blocus contre la gauche et les luttes des travailleurs, qui, néanmoins, ont continué à rester sous sa botte autoritaire. Morsi n’a pas seulement échoué à remplir les promesses de la révolution (justice sociale et économique, restauration des martyrs, condamnation des coupables), mais il a aussi gardé la plupart des cadres de l’ancien régime dans leurs positions et a divisé le mouvement, ce qui a entraîné beaucoup de jeunes cadres à s’engager à «gauche» et à soutenir Fotouh Abdel lors des élections présidentielles. La Fraternité n’est pas une masse sans forme qui agit selon les ordres de chaque Imam, mais elle est une partie vitale de la société qui bouillonne sous les vibrations révolutionnaires.

La révolution

La révolution en Egypte est une compilation de nombreuses choses. Ce n’est certainement pas un élan spontané où des millions de personnes ont décidé de prendre les rues à cause d’un appel sur Facebook. L’année 2011 a été l’aboutissement de luttes réussies, travaillistes et populaires d’une décennie entière contre les politiques néolibérales de Moubarak, imposées par les diktats du FMI. Les travailleurs de l’usine de textile d’El-Mahalla et d’autres villes de la région du Delta avaient non seulement été formés sur la façon de maintenir les lignes de piquetage à l’aide de l’ensemble de la population et de gagner les négociations avec les technocrates libéraux, mais aussi sur la manière de refouler, manu militari, les attaques des forces de sécurité de la dictature néo-libérale de Moubarak.

Ces victoires ont stimulé la confiance des gens, après qu’ils eurent été connus dans tout le pays, profitant de toutes ces tactiques qui ont fait leur succès. Même le 25 janvier et en dépit de la poursuite policière effrénée, c’était l’approche militaire des manifestants -après un regroupement de longue durée – qui a finalement abouti à l’occupation de la place Tahrir, en faisant leur dernier pré-assemblage en secret et en prenant les autorités par surprise. Les rebelles égyptiens ne sont donc pas une forme sans masse qui regarde seulement le tango dansé par la Fraternité et l’armée, tout en écoutant les Américains jouer de la musique sur les haut-parleurs. C’est la partie la plus animée de la société, qui est en train d’apprendre sa leçon, qui est en cours de formation et qui devient de plus en plus grande à travers chaque victoire, comme celle du 25 janvier 2011 et du 30 juin 2013.

En d’autres termes, ce que nous devrions tous faire c’est d’être patients et ce que nous devrions tous montrer c’est de la confiance. La confiance n’est pas dans nos paroles, mais dans leurs idées, leurs actions et leurs rêves.

* Nikolas Kosmatopoulos, Anthropologue-chercheur au Moyen-Orient

Creative Commons License
Egypte: Les hiéroglyphes de la révolution by Nikolas Kosmatopoulos* is licensed under a Creative Commons Attribution-NonCommercial-NoDerivs 3.0 Unported License.

This article is also available in:

Translate this in your language

Like this Article? Share it!

Leave A Response