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February 10, 2013
February 10, 2013

Grèce: Et les tortures continuent…

Author: Anna Papoutsi Translator: Ifigeneia P.
Category: Antifascism
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Grèce: Et les tortures continuent…

Le vendredi 1er février, 4 parmi les 8 personnes ayant participé au cambriolage de la Banque Agricole de Kozani ont été arrêtées à la suite d’une poursuite et sans aucune résistance. 3 d’entre eux, Nikos Romanos, Andréas-Dimitri Bourzoukos et Yannis Michaïlidès ont déclaré, sur Indymedia, être anarchistes et considèrent que leur acte est clairement politique tandis que le quatrième, Dimitri Politis, n’a fait aucune déclaration. N. Romanos était d’ailleurs l’ami d’Alexandre Grigoropoulos[1] et était présent à son assassinat.

Le lendemain, choqués, les grecs ont suivi le transport des 3 parmi les 4 jeunes chez le juge d’instruction, ces derniers ayant été maltraités, ce qui était flagrant, malgré les tentatives lamentables de dissimulation des blessures à l’aide de photoshop, également sur les photos que la police a médiatisées.

Velventos Listeia tesseris sullifthentes

Ces derniers refusent de porter plainte: «nous ne voulons pas qu’elle [la torture] soit l’objet de notre victimisation ni qu’elle donne matière à notre victimisation. Nous n’attendions pas autre chose par les ennemis de la liberté. N’oublions pas combien de personnes ont été maltraitées dans leurs commissariats et au sein de leurs prisons. Que ces traces de torture constituent un motif de plus afin que la haine se transforme en actes». Au contraire, selon les dires du Service des Affaires Intérieures de la Police grecque, les blessures ont eu lieu au moment de l’arrestation: «ces policiers [les policiers du groupe DI.AS.] sont des hommes plus costauds que la moyenne. Ils sont robustes et musclés. Et, s’il y a un combat, il est normal que le plus fort s’impose. Lorsque quelqu’un est amené à combattre corps à corps, il doit être musclé».

Premièrement, la pratique de la médiatisation des noms et naturellement des photos d’inculpés est, dans les meilleurs des cas pour le moins, discutable. Il est prévu que cette mesure ne soit autorisée que sous de strictes conditions et seulement dans les cas où les besoins de l’investigation criminelle ou la protection de la société l’exigent et seulement si ces besoins ne peuvent pas être satisfaits par un autre moyen, puisque cette mesure porte atteinte à la présomption d’innocence et la personnalité de l’inculpé en le stigmatisant a priori comme criminel. De plus, la publication de photos de suspects qui ont été préalablement arrêtés viole le principe de proportionnalité, garanti par la Constitution; principe fondamental de la légalité, qui impose «le principe d’adéquation des moyens à un but recherché». C’est-à-dire que la sanction ne peut pas être plus lourde que le crime et la violence utilisée lors d’une arrestation doit être la moindre possible et proportionnelle à la situation. Le fait que la pratique de la médiatisation de photos s’applique de façon très sélective –elle n’a jamais été appliquée dans des cas de crimes beaucoup plus graves mais dotés néanmoins d’un «air d’extrême droite»- plaide en faveur du fait qu’elle est utilisée en tant que moyen d’intimidation. Cependant, elle constitue malheureusement une pratique habituelle des policiers et des autorités judiciaires en Grèce.

Il faut s’attarder aussi, bien sûr, sur la question primordiale de la maltraitance des inculpés que la police «avoue» officieusement mais de façon cynique à travers la médiatisation des photos en question. La tentative de recouvrement des lésions blessures ainsi que le prétexte lamentable utilisé par les ministres selon lequel cela a été fait «afin de pouvoir reconnaître les suspects» font cet «aveu» encore plus cynique puisqu’ils admettent que les inculpés sont devenus méconnaissables entre les mains de la police sans que cela entraîne aucune sanction ni enquête.

Ιl semble que plusieurs personnes soient disposées à faire d’énormes réductions en ce qui concerne les droits individuels et les droits de l’homme au nom de la sécurité. Les dires du Ministre de la Justice sont caractéristiques: «lorsqu’un affrontement a lieu contre des personnes armées de kalachnikovs l’adversaire ne peut pas tenir des fleurs». Cependant, la sécurité n’est pas un bien abstrait qui ne doit être rattaché qu’à l’ordre public. La sécurité est un droit universel et elle n’est pas préservée par la violence et l’autorité.


[1] Alexandre Grigoropoulos: jeune de 15 ans qui a été abattu par deux policiers dans le quartier d’Exarchia à Athènes le 6 décembre 2008. Son assassinat a déclenché des émeutes de plusieurs jours dans tout le pays.

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