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August 4, 2013
August 4, 2013

Mataroa 2013: contre la crise, pour les communs, vers une nouvelle Méditerranée

Author: Nikolas Kosmatopoulos* Translator: Tania P.
Source: Enthemata  Category: On the crisis
This article is also available in: elenes
Mataroa 2013: contre la crise, pour les communs, vers une nouvelle Méditerranée

* au nom du Comité d’organisation de Mataroa 2013

Un fantôme hante la Méditerranée: le fantôme d’une autre Amérique latine, où aujourd’hui, après des décennies de soumission aux «gars de Chicago» néolibéraux, de nouvelles connaissances libératrices et des aboutissements surviennent tous les jours et font partie intégrante d’une nouvelle imagination pour l’organisation d’une vie collective sur la base de la solidarité et de l’auto-organisation.

Dans la région méditerranéenne l’imaginaire apparait furtivement à travers les soulèvements convulsifs contre les dictatures militaires ou parlementaires et est alimenté par des structures d’auto- organisation de plus en plus enracinées et par des processus de politisation intenses, le long de la quasi-totalité de ses rives. Ces phénomènes exigent non seulement l’enregistrement empirique et l’analyse, mais également une approche scientifique qui va les reconnaître comme les nouveaux domaines de la production de connaissance, d’action et d’espoir.

Avec cette orientation le séminaire estival Mataroa de l’année 2013 a navigué à Ikaria (14-18 juillet), avec la participation de 25 chercheurs et chercheuses en sciences sociales et ‘écologie politique des universités de la Méditerranée, de l’Europe du Nord et de l’Amérique du Nord. Il a été soutenu académiquement par l’École d’Architecture de l’Ecole Polytechnique d’Athènes et par le département d’Anthropologie Sociale de l’Université de Panteion et institutionnellement par des associations locales, le Centre de Documentation, de Recherche et d’Action d’Ikaria et la municipalité d’Ikaria.

La ré-immatriculation symbolique du navire historique pour les besoins d’une réunion scientifique n’était pas censée impliquer des similitudes avec les conditions et les gens de cette époque, mais donner plutôt un sens à la pensée d’aujourd’hui avec des mots-boussoles, utiles peut-être pour les itinéraires encore inconnues qui nous attendent.

La crise. Mataroa 2013 souhaitait naviguer à contre-courant en se demandant si le discours sur la crise entrave plus qu’il ne favorise notre compréhension des phénomènes sociaux. Plutôt que d’accepter la «crise» comme une réalité objective, nous préférons la voir comme un terrain autonome de connaissance qui permet ce que Timothy Mitchell a appelé le «pouvoir des spécialistes» sur les populations, mais aussi comme un prisme puissant à l’aide duquel la Méditerranée apparaît comme le contraire intrinsèque H immanent   de l’Europe du Nord protestante et développée.

Les communs. Mataroa 2013 s’est rendu aux places Tahrir et Taksim, en Tunisie et à Barcelone, à Naples et sur l’île d’Ikaria, se demandant si les luttes polymorphes contre les politiques néolibérales et les gouvernements autoritaires peuvent être traduites dans la langue des «communs» (naturelspolitiques, culturels). Les «communs» se sont avérés être de bonne boussoles non seulement en tant que concept analytique qui facilite  le dialogue entre des disciplines qui habituellement «ne se parlent pas», mais aussi en tant que projet politique capable de coordonner des luttes apparemment incohérentes et incompatibles, à la fois dans la ville et en province, dans le Nord et le Sud de la Méditerranée et au-delà.

La Méditerranée. Mataroa 2013 a mis les voiles vers une nouvelle Méditerranée, parce que celle-ci est en train de devenir un espace géopolitique prometteur qui nous permet de reconsidérer nos outils, nos théories et nos méthodologies de base, mais aussi d’analyser comment la puissance des spécialistes fonctionne aujourd’hui. Si la région a en effet évolué dans un atelier expérimental pour les principaux domaines de la gouvernance moderne (l’économie, la biosécurité, le contrôle des frontières, le maintien de la paix et la surveillance de la violence entre états, l’«intervention humanitaire» et la création de nouvelles structures paraétatiques), il est impératif de mettre en place et de renforcer les lignes de communication et d’échange entre les chercheurs qui vont non seulement détecter les nouvelles formes de gouvernance et de résistance d’une façon scientifique, mais aussi agir en tant qu’ «intellectuels organiques» des deux côtés de la mer. Le fantasme Méditerranée est l’horizon visionnaire de Mataroa, une composition inspirée par le théoricien méditerranéen, F. Braudel, et l’auteur de l’Institution Imaginaire de la Société et le passager du réel Mataroa, C. Castoriadis.

Ikaria. Port d’immatriculation de Mataroa 2013, une île – symbole où les pratiques sophistiquées de gestion communautaire des «biens communs» ont une très longue tradition. L’objectif est la mise en évidence de leur importance historique et anthropologique, souvent perdue en raison de la structure d’ Ikaria comme l’archétype Autre (et donc marginalisée par l’Etat) mais aussi en raison de son usurpation par la gauche, principalement, sinon exclusivement, du fait de l’accueil des communistes en exil. Aujourd’hui, Ikaria est un champ de bataille entre les fans du «développement» dans diverses nuances et les collectivités locales qui défendent les communs, mais aussi une source universelle d’inspiration pour une «sortie», souvent romancée, de la crise et de la misère dans les métropoles occidentales («The Island where people forget to die», «l’île où les gens oublient de mourir», The New York Times, 24/10/2012).

Mataroa 2013 a tenté de tracer un chemin possible depuis le fantôme de la crise jusqu’à l’imaginaire méditerranéen, alimentée par le projet des «biens communs». L’itinéraire comprend des structures permanentes (un site web avec du matériel dans les langues de la région, des équipes de recherche locales, des groupes de travail spéciaux, des séances plénières cycliques etc), une déclaration – dictionnaire commune, ainsi qu’une plateforme de communication pour le développement d’interventions publiques coordonnées par des chercheurs en collaboration avec des initiatives et des mouvements locaux.

site web

Bibliographie

Καστοριάδης Κορνήλιος (1975) Η φαντασιακή θέσμιση της κοινωνίας. Κέδρος

Lawler Kristin (2012). “The Politics of Austerity and the Ikarian Dream”. Slackerpoliticshttp://slackerpolitics.com/2012/11/16/pleasure-politics-and-ikarian-dreams

Mitchell Timothy (2002). Rule of Experts: Egypt, Techno-Politics, Modernity. Berkeley, California: University of California Press.

Μπρωντέλ, Φερνάν. Η Μεσόγειος: Ο Χώρος και η Ιστορία. Αλεξάνδρεια, μτφ. Έφη Αβδελά, Ρίκα Μπενβενίστε

«The Island Where People Forget to Die». The New York Times, October 24. http://www.nytimes.com/2012/10/28/magazine/the-island-where-people-forget-to-die.html

Καστοριάδης Κορνήλιος (1975) Η φαντασιακή θέσμιση της κοινωνίας. Κέδρος

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Mitchell Timothy (2002). Rule of Experts: Egypt, Techno-Politics, Modernity. Berkeley, California: University of California Press.

Μπρωντέλ, Φερνάν. Η Μεσόγειος: Ο Χώρος και η Ιστορία. Αλεξάνδρεια, μτφ. Έφη Αβδελά, Ρίκα Μπενβενίστε

«The Island Where People Forget to Die». The New York Times, October 24. http://www.nytimes.com/2012/10/28/magazine/the-island-where-people-forget-to-die.html

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