Monday 25th May 2020
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October 9, 2012
October 9, 2012

Merkel à Athènes

Author: Yannis Christodoulou Translator: Tania P.
Category: Protest
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Merkel à Athènes

Malgré les interdictions et les mesures de sécurité draconiennes (7.000 policiers en service et “l’interdiction de rassemblements de plus de 3 personnes” dans une grande partie du centre jusqu’à 22:00 heures) annoncées pour le jour de la visite de Merkel à Athènes, des dizaines de milliers de personnes ont réussi à accéder finalement à la place Syntagma, inaccessible par le métro – suite aux ordres habituels de la police. Les rues adjacentes, de Syntagma jusqu’à Thisseio au moins, ont été infiltrées par la police secrète qui menait des arrêts de contrôles stricts sur les passants. En outre, il s’agissait d’un de ces moments auxquels les autorités policières avaient officiellement annoncé qu’elles procéderaient à des arrestations et des détentions préventives tout au long de la journée.

Le critère principal des contrôles reposait sur l’apparence physique: les sacs à dos, l’aspect “suspect”, l’âge jeune. C’est-à-dire un contrôle au faciès. J’ai l’impression que c’était vraiment une question de chance pour que quelqu’un réussisse à atteindre ce jour-là la place Syntagma – et bien sûr une question d’apparence et d’âge.

Les manifestants ont commencé à se réunir tôt. Vers 13:30, l’heure d’arrivée à Syntagma du chef du parti principal d’opposition, Alexis Tsipras, les personnes rassemblées comptaient plusieurs milliers et les détentions plusieurs dizaines. La détention de la totalité de la section du réseau pour les droits politiques et sociaux (!) dans le quartier d’Exarchia est un exemple significatif, ainsi que la détention d’une section de lycéens et d’un membre de Syriza. Peu après 14:30 la tête de la section de PAME[1] est arrivée à la place Syntagma et pour la première fois il s’est réunie avec le reste des manifestants.

Parmi les particularités de la journée était l’apparition d’un manifestant britannique qui a commencé à courir nu dans la rue King George à travers les policiers en saluant la foule, la “marche” en jeep des manifestants déguisés en nazis, ainsi que la combustion du drapeau nazi devant le parlement.

Vers 15:30, les premières grenades assourdissantes ont été lancées, sur la partie supérieure de la place, quand certains manifestants ont tenté -symboliquement- de faire tomber la barrière que la police avait installée pour restreindre l’accès à l’entrée latérale du Parlement. Après un certain temps, devant l’Hôtel Grande-Bretagne les premières émeutes entre manifestants et policiers ont éclaté, et la police a fait usage de produits chimiques dans les rues autour de la place. Les gens ont été repoussés vers les rues Ermou et Mitropoleos. Peu après 17:00, de nombreuses forces de la police anti-émeute ont envahi la place en chassant et en renvoyant les manifestants restants, afin de l’évacuer. Au cours de l’expulsion violente des manifestants, la police a fait un usage excessif de produits chimiques et de nouvelles émeutes ont éclaté dans les régions autour de la place.

Pendant l’opération d’évacuation, un manifestant a été frappé et arrêté; la police l’a amené aux volontaires de la Croix-Rouge pour recevoir les premiers secours. Une vidéo montre que ses blessures à la tête ont été causées par les policiers eux-mêmes pendant l’arrestation et non en raison de sa resistance.

Jusqu’à 17:30 la place Syntagma, la rue Amalias et les rues adjacentes avaient été occupées par la police anti-émeute et la manifestation était en train de s’achever. Décompte final: 220 détentions et 24 arrestations.

En quittant la place Syntagma, entouré d’une foule découragée sur le chemin du retour, je me suis demandé si ce terrorisme et cette multitude d’interdictions (pour l’exécution desquelles un article oublié, adopté pendant la dictature[2], a été révoqué) avaient atteint leur objectif: effrayer les gens et les empêcher de participer aux manifestations organisées. Je me suis aussi demandé si toute cette opération avait un caractère pilote; si elle a fonctionné comme une expérience pour que les autorités puissent mesurer la tolérance des gens face à l’interdiction, en vue d’un hiver “dur”. Cependant, l’expérience semble avoir marché. Je me suis rappelé de la première fois –il y un an- que j’ai entendu parler de la fermeture des stations de métro “sous les ordres de la police”, j’ai été surpris et agacé par l’arbitraire de cet ordre; cette fois-ci, cela m’a semblé naturel.

Le dernier arrière-goût amer m’attendait à la maison quand j’ai vu aux nouvelles la promenade tranquille du Premier Ministre avec Merkel dans les rues barrées du centre, au même moment où, dans les alentours, les grenades assourdissantes et les cris des manifestants sonnaient, et je me suis alors demandé si dans la planification des opérations de la police pour la journée, il n’y avait pas une disposition prévoyant un appareil d’insonorisation secret.

 

[1]. Le PAME (front militant de tous les travailleurs) est un regroupement d’organisations syndicales grecques sous l’impulsion du parti communiste grec (KKE).

[2]. Dictature militaire 1967-1974

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