Wednesday 26th April 2017
x-pressed | an open journal
June 30, 2016
June 30, 2016

Pour Dieu et pour l’Espagne

Source: eldiario.es  Category: On the crisis
This article is also available in: enes
Pour Dieu et pour l’Espagne

Tout d’un coup, de nombreux cybermilitants se sont aperçus qu’il y a des gens qui ne sont pas sur les réseaux sociaux et que le vote de la citoyenneté analogique est aussi important que celui de la citoyenneté numérique. C’est bien de découvrir que la politique n’est pas l’art de faire ce que l’on veut, mais ce que l’on peut, en fonction des moyens sur lesquels on peut compter et des adversaires que l’on affronte. Dans cette confusion entre désirs et réalité, je pense que le poids idéologique de «Saint Jacques et reste ferme Espagne!» n’a pas été suffisamment pris en compte.

Le socle formé de quelques sept millions de votes pour le PP comprend nationalisme espagnol et foi catholique, ou islamophobie pour les plus impies. Ces deux thèmes unissent profondément la droite mais divisent la gauche. Les gens de gauche qui se sentent appartenir à une Espagne constituant une nation et qui se sentent catholiques abondent en Andalousie ou en Castille-La Manche. Le PSOE l’a su pendant longtemps et a dû composer avec cela, en maintenant un équilibre instable. D’un côté une population plus jeune et urbaine, clairement laïque, de l’autre, une plus âgée et catholique dans le sud. D’un côté, le centralisme des «Castillans», de l’autre, les nationalismes périphériques.

Unidos Podemos a réussi à mettre une grande partie de l’ancien électorat fédéral et laïc du PSOE de son côté. La question est de savoir si, à terme, le sorpasso est possible sans inclure la gauche espagnoliste et catholique. L’analyse post-marxiste d’Errejon est selon moi la bonne voie à suivre. Selon cette analyse, c’est le discours qui configure les identités politiques. Et l’identité émane des oppositions. En jouant sur l’opposition «ceux d’en haut contre ceux d’en bas», le discours opposant les quelques méchants aux nombreux gentils, dans lequel tout le monde est inclus, est rendu effectif.

Cependant, Podemos a mené une campagne avec un discours de droite contre gauche, des appellations complètement dépassées pour beaucoup d’électeurs, et ce, en s’alliant avec un parti du «Régime» (rappelons les quolibets qui ont accueilli Cayo Lara au sein d’activités liées au 15M, ou les protestations face aux drapeaux communistes lors de certaines manifestations). Au lieu de continuer à jouer avec les « transversales et les vides significatifs », ils ont sorti Anguita du placard. Génial pour galvaniser les convaincus, idéal pour effrayer les réticents. Nous ne pouvons pas savoir ce qu’il serait arrivé si, au lieu de revenir au vieil échiquier droite/gauche, ils avaient persévéré dans leur intention de briser le schéma, et joué avec celui qui oppose le neuf à l’ancien.

Au vu des fractures idéologiques de la société espagnole, l’hégémonie au sein de la gauche suppose de savoir faire ce qu’a réalisé le PSOE au bon vieux temps: désactiver la question religieuse et nationale, et activer celle de la redistribution et de l’extension des droits. Moins de batailles identitaires, plus d’égalité économique et politique.

This article is also available in:

Translate this in your language

Like this Article? Share it!

Leave A Response