Sunday 21st April 2019
x-pressed | an open journal
February 4, 2014
February 4, 2014

La Présidence de l`UE et le fond de la mer Égée

Source: Truthout  Category: Borders
This article is also available in: elenesru
La Présidence de l`UE et le fond de la mer Égée

Trois survivants de l'incident á Farmakonisi donnent une conférence de presse sur l´incident avec l'aide d'un traducteur dans ​​la place Syntagma à Athènes.
Photo: Angelos Kalodoukas

La Grèce a assumé la présidence de l`Union européenne le 1 janvier 2014. Juste 20 jours plus tard, la même histoire a été répétée à la zone frontalière européenne. Un navire qui transportait des réfugiés de Syrie et d`Afghanistan a été localisé par la Garde côtière grecque, au large de Farmakonisi, près de la Turquie. Selon les victimes et les représentants de l`Agence des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR) à Athènes, les policiers portuaires ont commencé –illégalement- le remorquage du navire vers les eaux turques.

La petite barque, qui était pleine à craquer, a été chavirée. Neuf enfants et trois femmes ont été noyés. Deux jours plus tard, avec la contribution des ONG et de l`UNHCR, les survivants ont présenté leurs témoignages, diffusés en direct à la télévision1, où ils ont décrit comment les policiers portuaires les ont empêchés de sauver eux-mêmes et leurs familles. La Gard côtière se précipita à publier des témoignages différents, qui étaient prétendument donnés par les refugiés survivants eux-mêmes. Cependant, l`office de l`UNHCR à Athènes et les associations des réfugiés ont immédiatement exprimé des doutes sérieux quant à la validité de ces témoignages. Le jour suivant, la communauté afghane en Grèce a signalé que des policiers ont détenu six des victimes survivantes, malgré le fait qu`ils avaient tous les documents légaux nécessaires. Il y a des allégations selon lesquelles la police a tenté d`intimider les réfugiés.

Ce genre de pratiques, comme celle que la Garde côtière grecque a appliqué à Farmakonisi, sont devenues monnaie courante tout au long des frontières européennes. En décembre 2013, l`Amnesty International a signalé2 que des autorités frontalières européennes et grecques empêchaient des réfugiés syriens d`approcher du territoire européen, en les abandonnant dans la mer sans secours, en les attaquant et en détruisant ou confisquant leur propriété. Toujours en décembre 2013, un document audio3 a été publié, dans lequel le chef de la police grecque est entendu dire à ses collègues policiers “nous devons rendre la vie des immigrants invivable.” La déclaration du chef de la police n`étonne pas beaucoup ceux qui sont familiers avec la situation actuelle en Grèce, compte tenu du grand nombre de rapports4 qui décrivent en détailles la xénophobie et le racisme dans le sein de la police grecque.

2

Un des survivants de Farmakonisi qui a perdu sa famille dans l’eau se met à pleurer au moment où ses paroles sont traduites en grec par un militant Afhgan/Grec. (Photo: Angelos Kalodoukas)

La pratique de la réadmission

Il est clair, toutefois, que ce n`est pas seulement une question de maintien de l`ordre; c` est une question profondément politique. Le ministre de la Marine marchande et de la mer Égée, Miltiadis Varvitsiotis, qui est responsable pour la Gard côtière, n`a pas exprimé ses condoléances pour les 12 morts; au contraire, il a accusé ceux qui ont fait les dénonciations d`essayer de nuire à la Grèce et il a déclaré que ce n`est pas possible d`ouvrir les portes du pays à chaque réfugié. Mais il n`est pas le seul: la rhétorique et les pratiques d`un grand part de la direction politique actuelle en Grèce reflètent, depuis longtemps, l`avis que les morts des personnes tout au long des frontières, est une politique acceptable, même désirable pour éviter l`immigration clandestine. Par exemple, le ministre actuel de la Santé, Adonis Georgiadis, pendant un entretien en 2011 au magazine Crash, avait proposé que des champs de mines soient recrés tout au long des frontières gréco-turques pour empêcher les flux migratoires. La même année, son conseiller juridique (et ancien député) Thanasis Plevris a déclaré, lors d`un événement public, que pour assurer la sécurité des frontières, les morts des personnes essayant de traverser les frontières sont nécessaires, comme un facteur dissuasif efficace.

Le Premier Ministre grec Antonis Samaras, était plus modéré quant à ses déclarations –il n`a pas officiellement demandé des morts des réfugiés aux frontières- mais ses véritables intentions politiques ont été révélées en décembre 2013, quand il s`est vanté au Parlement grec de la réussite de son gouvernement à convaincre l`Union européenne de mettre en œuvre l`agenda des gouvernements de l`Europe du Sud en ce qui concerne “l`immigration clandestine”, c`est-à dire d`utiliser la pratique de la réadmission, qui était interdite jusqu`aujourd`hui. L`incident à Farmakonisi paraît être un exemple typique de cette pratique interdite au passé, qui, selon le Premier Ministre grec, s`accorde dans un programme européen plus vaste. Les priorités claires des budgets de nombreux états européens sont la sécurité des frontières, les centres de détention ou la prise des opérations militaires à travers le monde et non pas la protection des réfugiés de ces mêmes guerres.

Eshanolla Safi, une des victimes de la tragédie à Farmakonisi, est peut-être parmi les meilleurs exemples de l`attitude générale des autorités européennes vers les réfugiés: il a vécu en Norvège comme demandeur d`asile pendant environ six ans jusqu`à ce qu`il soit expulsé vers l`Afghanistan. Cependant, sa vie était en danger et a tenté de revenir en Europe avec sa famille. Il a vu sa femme et ses enfants se noyer dans l`Égée, parce qu`il n`a pas été donné la permission de les sauver. Toutefois, les forces armées norvégiennes et grecques participent dans les opérations de l`OTAN en Afghanistan.

Rendant la Vie Invivable

Les réfugiés (avec et sans papiers) sont ciblés de manière violente et massive, pas seulement dans le cadre de la surveillance des frontières, mais aussi dans le cadre du maintien de l`ordre dans les villes. Dans le cas de la Grèce, l`opération policière “Xenios Zeus” est un exemple typique de la gouvernance de M. Samaras. Depuis août 2012, quand “Xenios Zeus”5 était mis en action, plus de 80.000 personnes de couleur ont été arrêtées, dont la grande majorité n`avait violé aucune loi, selon les communiqués de presse de la police. La plupart de ces personnes ont été finalement libérées, comme elles étaient innocentes. Jusqu’à septembre 2013, environ 5.000 personnes restaient prisonniers, principalement en raison de l`absence de documents juridiques, dans des nouveaux centres de détention construits de bord à bord dans ce pays lourdement endetté. Outre des questions juridiques et des questions de maintien de l`ordre, il y a aussi la dimension politique. La politique du gouvernement, selon laquelle un grand pourcentage de la population du pays est ciblé juste à cause de la couleur de sa peau, suit de près l`agenda du parti néo-nazi Aube Dorée.

La théorie du complot qui se distribue dans les cercles d`extrême droite dit que les immigrants viennent au pays en vertu d`un plan bien organisé, selon lequel ils veulent “prendre” la Grèce des Grecs. Il est délimité comme un sort de guerre, où les attaques contre les “envahisseurs” doivent être attendues. L`adoption de cette rhétorique par le gouvernement était clairement exprimée pendant la campagne électorale de M. Samaras en 2012, où il a soutenu que les immigrants illégaux sont devenus les “tyrans de la société”, que “nos villes sont occupées par des immigrants illégaux” et que “nous devons les reprendre.”

Vers l`étranger, le gouvernement de Samaras semble avoir beaucoup de positions contradictoires sur l`extrême droite. Par exemple, lors de son discours en octobre à Washington, il a déclaré qu`il se trouve contre les extrémistes de l`extrême droite et a revendiqué un rôle décisif sur la poursuite de l`Aube Dorée. Malgré l`arrestation et ensuite la poursuite judiciaire d`importants membres de l`Aube Dorée, y compris le chef du parti Nikolaos Michaloliakos, la réalité est que M. Samaras a nommé comme ses ministres ou conseillers, des personnes connues pour leur idées d’extrême droite, comme Adonis Georgiadis et Failos Kranidiotis.

Il partage aisément les sièges parlementaires de son parti avec d’autres députés de l`extrême droite, comme Makis Vorides, qui avait remplacé au passé le désormais emprisonné chef de l`Aube Dorée, à la direction de la section des jeunes de l`organisation néo-fasciste EPEN. De plus, le ministre de la Protection du Citoyen, Nikos Dendias, a prétendument eu une liaison avec le parti politique d`extrême droite ENEK, selon le député de gauche D. Papadimoulis –une liaison que le ministre lui-même nie.

Si le ministre de la Protection du Citoyen était membre de l’organisation néo-fasciste ENEK ou pas est moins important que ses déclarations récentes, lors d`un entretien à la radio, en rapport avec l`incident à Farmakonisi. Il a soutenu que “la qualité des immigrants” qui arrivent en Grèce est “tragique” et que ceux-ci “viennent du Bangladesh et d`Afghanistan” –contrairement aux immigrants européens qui vont à des pays comme la Suède-, une position qui reflète en effet un racisme impénitent. Cette déclaration est faite un an après l`attaque et l`évacuation par la force policière de M. Dendias de certains des plus grands centres sociaux antifascistes dans le centre d`Athènes, une action qui sans doute a ouvert l`espace pour des attaques racistes dans des quartiers de la ville, où avant ce n`était pas possible.

Droite et Extrême Droite

Dans le cadre de la politique partisane, jusqu`à septembre 2013, il y avait une complicité explicite entre le parti de M. Samaras et les néo-nazis de l`Aube Dorée. Juste quelques mois avant les arrestations en mai 2013, la Nouvelle Démocratie (ND) de Samaras avait bloqué au Parlement un projet de loi prévoyant l`incrimination du racisme et la négation de l`Holocauste. Puisque ce sont les principes les plus fondamentaux des membres de l`Aube Dorée, il est clair que le blocage du projet de loi peut être considéré comme un acte de protection de l`Aube Dorée par la Nouvelle Démocratie. En retour, l`Aube Dorée a soutenu le gouvernement de Samaras sur au moins deux décisions contestables de juin 2012: premièrement, quand le gouvernement a fermé le radiodiffuseur public grec (ERT), tout à coup dans la nuit, et deuxièmement, quand il a appliqué de nouvelles exonérations fiscales aux sociétés propriétaires de navires grecs. Juste quelque jours avant l`arrestation de la direction de l`Aube Dorée, l`ancien ministre de la Nouvelle Démocratie, Vyron Polydoras, avait parlé ouvertement d’une possible collaboration entre son parti et l`Aube Dorée. Il n`était pas le seul: environ au même temps, le partisan du gouvernement et éminent journaliste Babis Papadimitriou a décrit une “aile responsable” au sein de l`Aube Dorée et a proposé une coalition gouvernementale entre elle et la Nouvelle Démocratie.

Dans le cas du gouvernement grec, l`Aube Dorée s`est révélée être un instrument très utile, qui aide Samaras à légitimer des politiques racistes et à appliquer ce qui serait inadmissible avant, c`est à dire les opérations racialement ciblées, comme “Xenios Zeus”. En réalité, la rhétorique et les pratiques des deux partis semblent beaucoup. Tous les deux exigent le contrôle et la limitation de l`immigration clandestine. Tous les deux soutiennent des mesures contre les immigrants, soit avec des réadmissions, comme dans le cas de la Gard côtière de M. Varvitsiotis, soit avec la proposition faite devant la caméra par le candidat de l`Aube Dorée Plomaritis, de fabriquer du savon avec des immigrants. En fait, ces mots dangereux, soi-disant en plaisantant, par Plomaritis ou par des députés de l`Aube Dorée, comme Mathaiopoulos (qui chante avec sa bande “Oh combien j`aime Auschwitz!”) ont facilité M. Samaras à promouvoir ses propres politiques d’extrême droite. Dans le cadre de ces conduites publiques abominables, la détention illégale de 80.000 personnes de couleur ou la réadmission des réfugiés ne semblent plus tellement extrêmes.

La sympathie pour les idées d’extrême droite n`est pas un phénomène exclusivement grec. Des partis conservateurs ont procédés à des coalitions gouvernementales avec l`extrême droite dans d`autres pays européens, comme la Norvège ou les Pays-Bas, tandis que l`Autriche et la France ont connu une augmentation correspondante de ces partis dans le passé récent. En outre, le gouvernement britannique conservateur paraît adopter les politiques anti-migratoires de la Ligue de Défense Anglaise (EDL) et du Parti National Britannique (BNP), limitant les droits des immigrants, organisant des opérations d`authentification d`identité, qui visent exclusivement aux personnes de couleur etc. Tout cela est compris dans le contexte plus vaste des attaques informelles contre les immigrants par les néo-nazis dans les rues des villes européennes –la Grèce6 étant récemment devenue le centre de l`attention en ce qui concerne de telles attaques.

Le cas de Farmakonisi et les incidents précédents, comme celui à Lampedusa, éclaircissent le fait que les méthodes utilisées aux frontières des forces frontalières européennes sont en réalité aussi extrêmes que les propositions de l`extrême droite européenne, tandis qu`il semble y avoir une relation idéologique étroite entre des partis de centre droite et d`extrême droite à travers l`Europe. Ainsi, la question se pose: si l`extrême droite et les gouvernements européens, avec l`encouragement des politiques de l`Union européenne, ciblent les immigrants dans les rues et aux frontières en même temps, officiellement ou officieusement, quelle est la différence pratique entre l`UE, les gouvernements individuels (tel que le grec) et les néo-nazis?

  1. https://www.youtube.com/watch?v=WSR6pVh_HLY
  2. http://www.amnesty.org.gr/wp-content/uploads/2013/12/An-International-Failure-The-Syrian-Refugee-Crisis.pdf
  3. http://www.koutipandoras.gr/article/102089/hot-doc-apokalyptei-ihitiko-ntokoymento-prepei-na-toys-kanoyme-vio-avioto
  4. http://www.youtube.com/watch?v=UiEHGMwud0c
  5. http://www.hrw.org/news/2013/07/09/xenios-zeus-and-true-meaning-greek-hospitality
  6. http://map.crisis-scape.net/

This article is also available in:

Translate this in your language

Like this Article? Share it!

Leave A Response