Friday 22nd September 2017
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June 27, 2016
June 27, 2016

Une Radicalisation à Double Face

Source: To Vima  Category: Antifascism
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Une Radicalisation à Double Face

Marcus Pretzell, 43 ans, représente l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) au Parlement Européen. L’AfD est un parti émergeant sur la scène politique allemande fondé en 2013 par un groupe d’économistes et de professeurs d’université. D’abord présenté comme un parti national, conservateur et bourgeois défendant des positions anti-européennes (opposées à l’euro et aux plans de sauvetage pour redresser les économies en crise), il cultive aujourd’hui une image xénophobe. En effet, le parti s’oppose aux politiques d’asile et d’ouverture des frontières mises en place pour les réfugiés, et conçoit l’immigration comme une tentative de dénaturation nationale et culturelle autant qu’une mainmise des « non natifs » sur l’Etat Providence. Quelques minutes après l’annonce d’attentats terroristes et meurtriers à Bruxelles, Pretzell a tweeté : « Tout le monde exprime sa solidarité envers les morts. Quand montrerez-vous enfin un peu de solidarité envers les vivants ? »

Au moment où la férocité des djihadistes ne cessait de prendre de l’ampleur, un tel cynisme et un tel manque d’empathie émanant d’un membre du Parlement Européen a choqué. Cela a d’autant plus choqué que le contenu de la déclaration (et de celles, similaires, qui ont suivi) a été assimilé à une tentative d’instrumentalisation de la violence des actes terroristes. Cette déclaration de Pretzell implique tout excepté une note discordante dans la famille des populistes de droite et des extrémistes. Depuis Victor Orban en Hongrie en passant par Geert Wilders aux Pays-Bas jusque Donald Trump aux Etats-Unis, UKIP au Royaume-Uni, le NPD en Allemagne et Aube dorée en Grèce, le même refrain trompeur est répété comme une litanie. En effet, les partisans de l’extrême droite issus de partis différents soutiennent que la politique d’ouverture des frontières serait responsable de la recrudescence du terrorisme islamique, alors que la solution au problème résiderait dans la fermeture des frontières nationales et dans l’adoption du modèle de la « Forteresse Europe ».

La radicalisation nourrit les jeunes musulmans éduqués dans les pays occidentaux de haine fanatique. Il est arrivé que des personnes ayant un casier judiciaire presque vide et ressentant un grand besoin de reconnaissance sociale aient été recrutées au cœur du monde occidental par des réseaux organisés de terrorisme international. Une erreur d’analyse est souvent commise à leur sujet : ces personnes sont considérées comme les preuves d’un échec de l’intégration sociale, alors que le vrai problème n’est pas l’incapacité à les intégrer mais leur isolement progressif du milieu socio-culturel dont ils faisaient partie. En outre, la radicalisation au sein des sociétés occidentales est un phénomène plus vaste qui s’étend aussi au-delà des communautés islamistes : à titre indicatif, nous pouvons mentionner les néo-nazis allemands du NSU ou le groupe de Russes du NS/WP qui ont froidement assassiné des immigrants. Le radicalisme comme phénomène met en évidence un processus de totale rupture avec l’ensemble des valeurs de la civilisation occidentale, des principes et des traditions démocratiques.

L’opinion selon laquelle le terrorisme est importé par les réfugiés et les immigrants et que des terroristes djihadistes peuvent se trouver parmi eux est très répandue au sein de l’extrême droite. Cela prouve en fait une convergence des points de vue parmi les extrémistes de droite qui cible en particulier la question des immigrants et des réfugiés. Si auparavant les populistes de droite n’adoptaient pas une position anti-immigration et anti-réfugiés aussi radicale, ce qui les distinguait de celle adoptée par les extrémistes, aujourd’hui ces différences se voient largement atténuées. Entre les avis de l’AfD, du NPD ou d’Aube dorée sur la position de l’Europe envers les immigrants et les réfugiés, les nuances sont difficiles à trouver. « Le rêve d’une Europe colorée est mort, acceptez-le enfin » proclame le leader de l’AfD, pendant que de son côté Aube Dorée défend l’expulsion immédiate de tous les musulmans et la fermeture des frontières. Sur le même ton, le chef du Parti pour la Liberté (PVV) présente le besoin de « désislamiser » l’Europe comme une condition nécessaire pour restaurer la sécurité sur le continent.

Les attentats terroristes perpétués au cœur de l’Europe justifient la peur et rendent la question d’une protection accrue du continent plus urgente que jamais. Néanmoins, ce genre de danger comprendra toujours des aspects cachés qui rendront les mesures de protection moins efficaces contre la réalité et la potentialité de ce phénomène. De ce fait, la culture de la peur trouvera toujours un sol fertile sur lequel pousser. Les attentats suicides des djihadistes consolident et intensifient la peur. L’instrumentalisation de la peur est maniée par ceux qui aspirent à lui donner un nom et une forme. Au cours d’une brève déclaration, Viktor Orban en a esquissé les contours : « Celui qui dit oui à l’immigration n’œuvre pas suffisamment à la défense de l’Europe », en la justifiant par la lutte contre le terrorisme. C’est à cette Europe, ses principes et ses valeurs que s’oppose cette radicalisation à double face, caractéristique de notre époque.

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